Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuel·le·s, penseuses·eurs et actrices·eurs des luttes sociales dissident·e·s et/ou invisibilisé·e·s.
Cinquième République : la constitution violée | Eugénie Mérieau, Julien Théry
On en parle peu, et pourtant c'est indéniable : Emmanuel Macron, depuis son accession à la présidence, a violé à plusieurs reprises la constitution de la Cinquième République.
En matière de défense des libertés publiques, tout particulièrement en ces temps de montée de l'arbitraire et du racisme, on a coutume de s'en remettre à l'« Etat de droit », autrement dit aux garanties constitutionnelles. Mais, comme se le demande Eugénie Mérieau dans l'introduction de son livre Constitution (éd. Anamosa), « ces quelques mots couchés à l’encre sur du papier sont-ils nos meilleurs remparts contre les dérives illibérales et, peut-être, la perspective de la fin de la démocratie, si tant est qu’elle ait jamais été ? La Constitution nous protège, vraiment ? »
Maître de conférences à la Sorbonne en droit public, autrice aussi de La Dictature, une antithèse de la démocratie ? 20 idées reçues sur les régimes autoritaires (Le Cavalier Bleu, 2019) et de Géopolitique de l’Etat d’exception. Les mondialisations de l’état d’urgence (Le Cavalier bleu, 2024), Eugénie Mérieau est l'invitée de Julien Théry pour ce nouvel épisode d'OSAP, On s'Autorise à Penser.
« Enseigner le droit constitutionnel, c’est se débattre avec cette question », écrit Eugénie Mérieau : « que faire des multiples violations, bien souvent fondatrices de tout l’ordre constitutionnel positif, à l’image de 1958-1962, la genèse de la 5e République ? ». Depuis De Gaulle lui-même − qui fut le premier à violer sa propre constitution de 1958... après le viol de celle de la Quatrième République par lequel il put en fonder une Cinquième − et jusqu'à Emmanuel Macron à de nombreuses reprises, les infractions à la loi fondamentale ont été très nombreuses.
Qui plus est, tout ce qui est constitutionnel n'est pas nécessairement démocratique, contrairement à ce que déclarait Élisabeth Borne, alors Première ministre, à l’occasion de l’adoption de la réforme des retraites via l’article 49 alinéa 3. Et la constitution de la Ve République est bien loin de clore la quête du bon gouvernement, comme s'est plu à le déclarer Emmanuel Macron, en 2023, devant le Conseil constitutionnel. Bien au contraire, cette constitution est particulièrement dangereuse. En expliquant pourquoi, Eugénie Mérieau nous apprend aussi que la constitution russe actuelle, dont nul ne prétendrait qu'elle préserve le pays de l'arbitraire poutinien, est très proche et directement inspirée de la nôtre...