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On s'autorise à penser

On s'autorise à penser

Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuel·le·s, penseuses·eurs et actrices·eurs des luttes sociales dissident·e·s et/ou invisibilisé·e·s.

La « neutralité », c'est en fait le point de vue des dominants. Face à l'offensive anti-« wokiste » | Éric Fassin, Caroline Ibos, Julien Théry

Le livre d'Eric Fassin et Caroline Ibos, les deux sociologues invités de ce nouvel épisode d'On s'autorise à penser, s'intitule La Savante et le politique (PUF, 2025), en référence au titre bien connu, Le Savant et le politique, donné au recueil de textes de Max Weber où apparaît l'expression "neutralité axiologique". Le coeur de leur réflexion porte sur la façon dont les études féministes ont démontré que le point de vue assumé, revendiqué, permet la construction d'objectivités critiques. Non seulement il faut « rompre avec l’illusion de la neutralité », mais on doit « affirmer le caractère politique de l’autonomie » et du savoir qu'elle produit. E. Fassin et C. Ibos adoptent ainsi une démarche explicative, pédagogique, sur la situation épistémologique des sciences sociales, tout en prenant position contre l'offensive actuelle de la droite pour censurer la recherche et les universitaires.

Depuis l'assassinat de Samuel Paty fin 2020 en particulier, la droite française au pouvoir s'est engagée dans la voie du trumpisme pour censurer les savoirs critiques et inventer à cette fin un dangereux "ennemi de l'intérieur" dans les universités : annonce par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal d'une enquête sur le supposé "islamo-gauchisme" début 2021, attaque du président de la Région Rhône-Alpes Laurent Wauquiez contre Sciences-Po Grenoble à la fin de la même année, colloque contre les prétendus ravages de la "déconstruction" organisé en Sorbonne par le ministre Jean-Michel Blanquer... pour s'en tenir au début de l'offensive. 2021 a vu aussi l'apparition d'un Observatoire du décolonialisme réunissant des universitaires conservateurs effayés par "le wokisme, l’intersectionnalité, le décolonialisme, le racialisme et toutes leurs combinaisons". Les activités de cette mouvance ont débouché entre autres sur la publication d'un récent ouvrage collectif intitulé "Face à l'obscurantisme woke" (PUF, 2025). 

Dans ce climat, les adversaires de la pensée critique réactivent une référence souvent mise à contribution contre les intellectuels marxistes pendant la seconde moitié du XXe siècle, la "neutralité axiologique" qu'aurait prônée Max Weber (1864-1920), l'un des pères de la sociologie. On sait pourtant depuis longtemps qu'en réalité, Weber ne demandait pas aux universitaires d'être neutres : bien au contraire, il savait une telle exigence absurde et recommandait aux professeurs non seulement de prendre conscience de leurs valeurs personnelles, mais aussi de s'abstenir de les dissimuler, pour mieux permettre à leur public d'en être critique si nécessaire. Weber, qui prit abondamment position dans les débats politiques de son temps, considérait que l'engagement n'était nullement incompatible avec une recherche objective et fructueuse. 

Le livre d'Eric Fassin et Caroline Ibos, les deux sociologues invités de ce nouvel épisode d'On s'autorise à penser, s'intitule La Savante et le politique (PUF, 2025), en référence au titre bien connu, Le Savant et le politique, donné au recueil de textes de Max Weber où apparaît l'expression "neutralité axiologique" (traduction hasardeuse de "Wertfreiheit", "libération des valeurs"). Leur ouvrage, expliquent E. Fassin et C. Ibos au fil de cette conversation, revient d'abord sur le débat autour de la "neutralité" pseudo-webérienne, à comprends comme « la désignation euphémisée d’un apolitisme droitier » (Isabelle Kalinowski). Cette dernière, cependant, n'est pas seulement brandie par la droite, mais aussi par des intellectuels de gauche hostiles aux études de genre, ou décoloniales, ou "subalternes" en général. Les deux invité.e.s évoquent aussi la position construite par Pierre Bourdieu, fondée sur la prise en considération de la pluralité des points de vue et sur la réflexivité du chercheur ou de la chercheuse. Le coeur de leur réflexion, cependant, porte sur la façon dont les études féministes ont, depuis longtemps, démontré que le point de vue assumé, revendiqué, permet la construction d'objectivités critiques. Non seulement il faut « rompre avec l’illusion de la neutralité », mais on doit « affirmer le caractère politique de l’autonomie » et du savoir qu'elle produit. E. Fassin et C. Ibos adoptent ainsi une démarche explicative, pédagogique, sur la situation épistémologique des sciences sociales, tout en prenant position dans les polémiques actuelles contre les libertés universitaires.

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Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuel·le·s, penseuses·eurs et actrices·eurs des luttes sociales dissident·e·s et/ou invisibilisé·e·s.

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