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Un p'tit coup de bourbon

Un p'tit coup de bourbon

Chaque semaine, Serge Faubert raconte l’actualité française à travers le prisme des délibérations au Sénat et à l’Assemblée nationale. Ce qui perce de l’esprit des lois et de l’équilibre des forces politiques, au-delà du jeu des petites phrases.

Coronavirus : la colère monte contre les incompétents

Pénurie de masques et de gel, absence de tests. Confrontée aux carences de l’État, l’opinion s’impatiente.

C’est un commandant en chef dépassé qui a pris la parole hier soir, à Mulhouse. Ébranlé par la colère du pays devant le manque de moyens et l’absence d’anticipation des pouvoirs publics.

« Je vois dans notre pays les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient aujourd'hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu'une obsession : être unis pour combattre le virus.  J’en appelle à cette unité, à cet engagement : être unis. » 

Le chef de l’État ne supporte pas la critique. Ce n’est pas nouveau. Mais qu’il fasse passer son irritation avant ses annonces en dit long sur sa fébrilité. Quand on en est à dénoncer implicitement une cinquième colonne de saboteurs après deux semaines de crise, c’est que la confiance tangue sérieusement.

Mais au fait, qu’était donc venu dire Emmanuel Macron ?

« L’engagement que je prends ce soir pour eux (les soignants NDLR) et pour la nation tout entière c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. C’est ce que nous leur devons, c’est ce que nous devons à la Nation. »

Comment ne pas être interloqué ? Jeudi et vendredi dernier, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté un projet de loi de finances rectificatives. 45 milliards d’euros de mesures de soutien aux entreprises. Auxquels viennent s’ajouter 300 milliards de prêts garantis par l’État.

Mais pas une seule ligne budgétaire pour l’hôpital.

Cinq jours plus tard, miracle, l’Élysée promet des moyens et de l’argent. On se croirait revenu au début du mouvement des gilets jaunes lorsque l’Élysée, dans l’urgence, avait débloqué 17 milliards en ponctionnant pour partie les recettes de la sécurité sociale.

Seconde annonce, le recours à la logistique de l’armée.

« J’ai décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d'état-major des Armées, de lancer l'opération Résilience. Cette opération, distincte de l'opération Sentinelle qui continue de se concentrer sur la lutte contre le terrorisme quant à elle, cette opération Résilience sera entièrement consacrée à l'aide et au soutien aux populations ainsi qu'à l'appui aux services publics. »

Ce n’est un secret pour personnes, nos forces sont à l’extrême limite de leurs capacités. Entre les engagements extérieurs, notamment au Sahel, et l’opération sentinelle, elles ont atteint le point de rupture. L’opération Résilience a toutes les chances de ressembler, dans le meilleur des cas, aux taxis de la Marne.

Plus tôt, dans la journée, c’est le Premier ministre qui s’exprimait après que le gouvernement a adopté 25 ordonnances en Conseil des ministres.

Là encore, la métaphore militaire a joué à plein. Surtout lorsqu'il s'est agi du droit des salariés appelés à contribuer à « l’économie de guerre ».

Résumons : un salarié pourra travailler jusqu’à 48 heures par semaine en moyenne, et ce pendant 12 semaines consécutives. Il sera possible de monter jusqu’à 60 heures au cours d’une semaine.

Le travail sera autorisé le dimanche et le repos minimum entre deux journées de travail passera de onze à neuf heures.

Ces dérogations entreront en vigueur dans des secteurs considérés comme stratégiques : l’agroalimentaire, la logistique, les transports, l’agriculture l’énergie et les télécommunications.

Sur le front sanitaire, pour rester dans la tonalité du moment, la logistique continue de ramer. Les masques se font toujours attendre. Olivier Véran le ministre des Solidarités et de la Santé a indiqué avoir passé des commandes dans plusieurs pays dont la Chine. Il a cependant reconnu que ces livraisons attendues restaient « virtuelles » tant que la marchandise n’était pas sur le territoire national.

Le personnel soignant va donc disposer de masques chinois virtuels. Formidable ! Si seulement les morts, eux aussi, pouvaient être virtuels.

Et puis il y a les tests. La clé de la fin du confinement. Visiblement, ce n’est pas pour tout de suite, puisque le ministre de la santé a annoncé hier la prolongation du confinement pour quatre semaines.

Au chapitre des incohérences, il faut encore ajouter cette curieuse injonction faite aux salariés en chômage partiel d’aller prêter main-forte aux agriculteurs.

Le sénateur centriste Vincent Capo Canellas s’en est ému, mercredi lors de la séance des questions de contrôle au gouvernement. « Quel contrôle sanitaire ? » a-t-il demandé à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Une brochure sanitaire sera distribuée aux volontaires, a assuré la ministre.

On va donc envoyer 200 000 personnes travailler sans aucune protection dans les exploitations alors que l’on exhorte la population à rester chez elle. Cherchez la logique !

La faillite du libéralisme est totale dans cette catastrophe. Le marché se révèle incapable de protéger les populations. Pire, il les met en danger en appauvrissant les services publics. Les gesticulations de dernière minute n’y changeront rien. L’État protecteur est à reconstruire.

Un p'tit coup de bourbon

Chaque semaine, Serge Faubert raconte l’actualité française à travers le prisme des délibérations au Sénat et à l’Assemblée nationale. Ce qui perce de l’esprit des lois et de l’équilibre des forces politiques, au-delà du jeu des petites phrases.

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