Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuel·le·s, penseuses·eurs et actrices·eurs des luttes sociales dissident·e·s et/ou invisibilisé·e·s.
Face à la justice de l'État autoritaire : renouer avec la défense politique | Elsa Marcel, Julien Théry
L'offensive autoritaire de l'État s'appuye aujourd'hui en France sur une justice mise au service de la répression politique. C'est le constat de l'avocate et militante Elsa Marcel, qui recommande de renoncer à l'illusion d'un « l’État de droit » respectueux de ses propres principes pour renouer, plutôt, avec la stratégie de la défense politique pratiquée au temps des décolonisations, puis des mouvements post-1968.
Les avocats des justiciables visés par la répression d'État − immigrés, militants, simples manifestants ou citoyens mis en cause pour délit d'opinion − « font l’expérience d’une démocratie de plus en plus formelle, où les principes affichés s’effacent devant le rapport de force imposé par le pouvoir. Il y a une offensive autoritaire, une justice qui répond régulièrement aux ordres du pouvoir. Mais la réponse majoritaire des organisations de la gauche judiciaire et des avocats engagés dans la défense des libertés, qui consiste à invoquer l’État de droit et à exhorter le régime à respecter ses propres règles, est vouée à l’impuissance ».
Tels sont les constats au point de départ de la réflexion d'Elsa Marcel, avocate et militante de Révolution Permanente, autrice d'État de droit, ordre bourgeois : renouer avec la défense politique et invitée de #JulienThéry pour ce nouvel épisode d'On s'autorise à penser (OSAP). « J’ai conçu ce livre comme un manuel pratique et politique à destination de la génération militante qui depuis l’instauration de l’État d’urgence de 2015 est descendue dans la rue contre les multiples facettes des offensives néolibérales en faisant face à un État toujours plus autoritaire », explique aussi Elsa Marcel au début de son ouvrage.
Les avocat.e.s des classes populaires et des minorités opprimées se trouvent bien souvent démuni·es face à la dégradation démocratique accélérée de ces deux dernières décennies. C'est qu'ils restent prisonniers du mythe et des artifices de « l’État de droit », seul garant des libertés publiques alors qu’il est aussi et surtout l’architecte des dispositifs liberticides, explique Elsa Marcel. Pour sortir de l'impasse, il faut selon elle puiser à l’héritage des luttes anticoloniales et des révoltes des années 1968 qui ont su faire reculer le pouvoir en assumant dans les tribunaux une posture résolument politique.