« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître.
Laïcité : de la liberté de conscience à la religion identitaire néo-républicaine | Jean Baubérot-Vincent, Julien Théry
1882-1905 ou la laïcité victorieuse : tel est le titre de la synthèse historique récemment publiée par l'invité de cet épisode de La grande H., Jean Baubérot-Vincent. Éminent historien, il est aussi résolument engagé dans le débat public. En 2004, il fut le seul membre de la Commission Stasi à ne pas se prononcer en faveur de l'interdiction du foulard musulman à l'école.
Sociologue et historien des religions à l'École Pratique des Hautes Études, qu'il a présidée de 1999 à 2003 et où il a occupé d’abord une chaire d'Histoire et sociologie du protestantisme (1978-1990) avant d'inaugurer une chaire d'Histoire et sociologie de la laïcité (1991-2007), Jean Baubérot n'est pas seulement un éminent savant, auteur de très nombreux livres et articles. Il est aussi un acteur de la vie publique, qui est fréquemment intervenu dans les débats agités autour de la laïcité depuis une quarantaine d'années. « Ce n'est pas le signe ou le vêtement qui est incompatible avec la laïcité, c'est le comportement, celui qui serait ostentatoire, prosélyte ou refusant des règles scolaires », a-t-il notamment expliqué, en regrettant l'« obsession-fascination contre-productive autour du voile islamique » et la « laïcité sectaire, injuste et stigmatisante » (car implicitement tournée contre les musulmans) qui tend à dominer en France.
En retraçant l'histoire de la laïcité en France, Jean Baubérot-Vincent met en valeur la transformation profonde de cette notion − qui demeure d'ailleurs multiple. La conception laïciste sectaire, largement endossée par l'Etat français aujourd'hui, n'est qu'un des sens possibles. Originellement, pendant la période décisive des années 1882-1905 qui virent, au début de la IIIe République, la Séparation de l'Église et de l'État, , la laïcité désignait la neutralité de ce dernier face aux religions. Une neutralité qui n'était « pas méconnaissance mais arbitrage », et visait à garantir la liberté de conscience, la liberté de culte et la liberté de manifestation. Contrairement à une idée reçue, la laïcité française conçue à cette époque n'était pas exceptionnelle et s'est inspirée d'autres modèles, notamment au Mexique.
Sur ce sujet voir aussi l'entretien OSAP avec Nicolas Cadène : Laïcité, ne la laissons pas aux islamophobes
Assistant-stagiaire : Simon Baubérot. Montage : Bérénice Sevestre. Une émission de Julien Théry
Image d'arrière-plan : La Fête de l'Etre suprême du 8 juin 1794 représentée par Pierre-Antoine Demachy, Musée Carnalet, détail