« Qu'attend-on pour parler à LFI et au PCF ? » : 13 élus écologistes mettent la pression sur leur direction
Auteur et journaliste
Info Le Média. Dans un texte interne, treize élus écologistes estiment que la stratégie de rassemblement est « asphyxiée » par les divisions du Parti socialiste. Ils réclament l'ouverture de discussions avec LFI et le PCF pour préparer la présidentielle.
Le Média a pu consulter un document interne des Écologistes, diffusé mardi soir dans une boucle du parti. Signé par treize parlementaires, il appelle à l'ouverture de discussions avec La France insoumise et le Parti communiste en vue de l'élection présidentielle de 2027.
Parmi les signataires figurent la présidente du groupe écologiste et social à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, ainsi que les députés Sandra Regol, Christine Arrighi, Lisa Belluco, Arnaud Bonnet, Charles Fournier, Marie-Charlotte Garin, Julie Laernoes et Sabrina Sebaihi.
Le texte est également signé par les sénateurs Akli Mellouli et Raymonde Poncet-Monge, ainsi que par l'eurodéputée Mélissa Camara.
Dans ce document, que Le Média révèle, les signataires estiment que la gauche ne peut plus attendre pour engager un travail de rassemblement. Ils insistent sur le contexte international, marqué selon eux par la progression de l'extrême droite dans plusieurs pays, et alertent sur un risque de basculement en France. Face à cette situation, ils revendiquent le rôle historique des écologistes dans la lutte antifasciste et la défense des libertés publiques.
"Depuis plus d’un an, nous portons la primaire des écologistes et de la gauche, une dynamique citoyenne et programmatique. Et nous pouvons en être fièr.es. Cependant, force est de constater que ce processus est asphyxié par les querelles intestines du PS. Nous n’avons actuellement ni plateforme commune, ni processus commun et nous sommes perdus dans des débats de méthodes."
- EXTRAIT DU TEXTE INTERNE
« Sortir du tête-à-tête avec le PS »
Mais c'est surtout la stratégie de la direction qui est mise en cause. Les signataires dénoncent un processus de rassemblement « asphyxié par les querelles intestines du PS » et regrettent l'absence d'une plateforme politique et d'une méthode communes à gauche.
Les parlementaires appellent ainsi à « sortir du tête-à-tête avec le PS » pour engager des discussions avec La France insoumise et le Parti communiste. "Depuis des mois, on est tributaires de l'agenda du PS alors qu'ils font de leur mieux pour torpiller la primaire. Qu'est ce qu'on attend pour parler aux autres ?" glisse un élu signataire du texte au Média TV.
Interrogée par Le Média sur ce coup de semonce, une cadre du Parti socialiste se veut toutefois rassurante. « Ne rajoutons pas de la division à la division. Le PS avance et les militants vont pouvoir se prononcer sur la primaire et l'union », assure-t-elle, le lendemain d'un Conseil national particulièrement tendu pour les socialistes.
Les dirigeants du parti y ont acté leurs profondes divergences stratégiques et décidé de soumettre aux militants, début juillet, deux options pour trancher leur ligne en vue de l'élection présidentielle de 2027.
La première, défendue par Olivier Faure, prévoit l'organisation d'une primaire ouverte et maintient, au moins théoriquement, la possibilité d'une primaire de la gauche non-mélenchonniste.
La seconde referme cette perspective en limitant une éventuelle primaire au seul Parti socialiste et à Place publique.
Tondelier de plus en plus contestée
Ce débat intervient alors que la stratégie de Marine Tondelier fait l'objet de contestations croissantes au sein des Écologistes. La secrétaire nationale a lancé sa candidature à la primaire du parti, soumise au vote des militants à partir du 1er juillet, avec l'ambition de porter ensuite une candidature de rassemblement de la gauche. Ces derniers jours, Sandrine Rousseau a publiquement appelé les militants à ne pas investir la secrétaire nationale, estimant qu'« il y a trop de candidatures à gauche » et plaidant pour l'ouverture de discussions avec Jean-Luc Mélenchon, qu'elle considère comme « le mieux placé à gauche ».
L'appel des treize parlementaires s'inscrit dans ce contexte de vifs débats stratégiques. Sans remettre directement en cause la direction du parti, ils plaident à leur tour pour un changement de méthode et pour un élargissement des discussions à l'ensemble des forces de gauche.
Battre l'extrême droite « dans les urnes et dans les idées »
À travers cet appel, les signataires espèrent ainsi recréer une dynamique de rassemblement susceptible de qualifier la gauche pour le second tour de l'élection présidentielle et de battre l'extrême droite, « dans les urnes comme dans les idées ».
"L’extrême-droite ne doit pas être seulement défaite dans les urnes, elle doit aussi l’être dans les idées. Ces idées nauséabondes qui se propagent et s’enracinent - que les immigrés seraient trop nombreux, que l’islam ne serait pas compatible avec la République, que les femmes ne feraient plus assez d’enfants – et qui préparent les politiques d’exclusion et de contrôle des corps. Ces idées sont reprises par la droite républicaine et qui se transforme en une droite extrémisée."
- EXTRAIT DU TEXTE INTERNE
Dans leur appel, les treize écolos plaident enfin pour l'ouverture de discussions « sur des bases claires et partagées », autour notamment de la sortie du modèle productiviste, de la justice sociale, de la défense du droit international et du rôle de l'État.
© Blanca Cruz / AFP