« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître.
Les Kurdes : histoire d'une nation sans État | Azadî, Julien Théry
La situation singulière des Kurdes, qui forment le plus grand peuple apatride au monde, est directement héritée de l'action des puissances impérialistes qui ont présidé au démantèlement de l'empire ottoman il y a un peu plus d'un siècle. Les quatre États créés par ces puissances – Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie –, avec leurs tracés arbitrairement décidés, ont divisé en autant de parties les territoires principalement peuplés par les Kurdes. Après des décennies de lutte, le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) en est arrivé à remettre en cause le modèle « État-nation-frontières » pour défendre l’« autonomie ». Et au Rojava (Kurdistan syrien) s'expérimente un « confédéralisme démocratique ».
Ce nouvel épisode de La Grande H. est consacré au livre d'Azadî intitulé Lecons kurdes. Les Damnés des montagnes (éditions La Fabrique). En reprenant l'histoire du peuple kurde depuis la dislocation de l'empire Ottoman au début du XXe siècle, l'invité de Julien Théry a fait oeuvre à la fois d'historien et de militant décolonial, puisque son objectif a été de tirer des leçons politiques pour le présent à partir de l'analyse des faits, en s'inspirant notamment des réflexions de Frantz Fanon.
La situation singulière du peuple kurde est directement liée à l'action des puissances impérialistes (en particulier le Royaume-Uni, la France, et les Etats-Unis) qui ont présidé au démantèlement de l'empire ottoman. Les quatre Etats créés par ces puissances – Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie –, avec leurs tracés arbitrairement décidés, ont divisé en quatre parties les territoires principalement peuplés par les Kurdes. La Turquie, en particulier, leur a imposé une politique d'assimilation très répressive.
Pour toute une série de raisons, les Kurdes ont manqué le tournant des décolonisations dans les années 1960. L’évolution vers les thèses marxistes puis la lutte armée dans les années 1970-1980 a permis l’émergence d’un mouvement kurde transfrontalier qui a payé ses succès au prix fort d’une répression meurtrière. Mais ce long cheminement a aussi abouti à remettre en cause le modèle « État-nation-frontières » pour défendre l’« autonomie » de ce qui est le plus grand peuple apatride au monde. Le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) s'est orienté vers un « confédéralisme démocratique » qui est expérimentée au Kurdistan syrien (Rojava) depuis plus d’une décennie.
Montage Bérénice Sevestre. Une émission de Julien Théry.