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Guerre contre l’Iran : pourquoi le pire est à venir (Pascal Boniface)

Après les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et la mort du Guide suprême, le Moyen-Orient entre dans une séquence d’une extrême tension. Pour le géopolitologue Pascal Boniface, cet événement constitue un choc politique majeur, mais il ne signifie pas pour autant la chute immédiate du régime iranien. Le spécialiste rappelle d’abord l’importance historique du dirigeant iranien tué lors des frappes. « C’était le véritable chef de l’Iran depuis 1989. C’est lui qui a façonné l’Iran tel qu’on le connaît aujourd’hui », explique-t-il. Malgré sa disparition brutale, le système politique iranien reste structuré par des mécanismes de succession prévus de longue date.

Selon lui, « il y a un changement de leader, mais ce n’est pas pour le moment un changement de régime ». Même fragilisé par les sanctions économiques et par une contestation interne persistante, le pouvoir iranien pourrait donc résister. « Le régime est suffisamment solide pour tenir. Ceux qui soutiennent le régime ont les armes, et ceux qui le contestent ne les ont pas », souligne Boniface. Une réalité qui limite les scénarios d’effondrement rapide, souvent évoqués par les dirigeants occidentaux. Pour le géopolitologue, les objectifs des États-Unis et d’Israël restent par ailleurs difficiles à cerner. Du côté de Washington, Donald Trump poursuit plusieurs objectifs simultanément, du démantèlement du programme balistique iranien à un possible renversement du régime. « Je pense que le but de Donald Trump est tout simplement de renverser le régime pour pouvoir dire à ses électeurs qu’il a réussi là où tous ses prédécesseurs ont échoué », analyse Boniface.

Du côté israélien, la logique serait différente. Pour Benjamin Netanyahu, l’objectif serait avant tout stratégique : affaiblir durablement un adversaire régional majeur. « Le but n’est pas d’amener la démocratie en Iran, mais d’avoir un Iran le plus faible possible », affirme le directeur de l’IRIS. Le conflit pourrait également avoir des conséquences économiques importantes, notamment en raison du rôle central de l’Iran dans l’équilibre énergétique mondial. Une escalade militaire dans le détroit d’Ormuz pourrait provoquer une flambée des prix de l’énergie. « Quand le prix de l’énergie augmente, c’est tous les prix qui augmentent : votre essence, votre chauffage, mais aussi votre baguette et vos courses », rappelle Boniface.

Enfin, le géopolitologue pointe l’attitude prudente des grandes puissances. Ni la Russie ni la Chine ne semblent prêtes à soutenir activement Téhéran dans ce conflit. Pékin pourrait même tirer profit de la situation sur le plan diplomatique en se présentant comme un acteur plus stable que les États-Unis. Quant aux Européens, leur position apparaît selon lui contradictoire. « Normalement, les Européens sont là pour défendre le droit international. Or l’assassinat d’un dirigeant et le bombardement d’un pays qui ne vous a pas attaqué sont illégaux », estime-t-il, regrettant que la plupart des capitales européennes n’aient pas condamné explicitement ces frappes. Si certains espèrent que la disparition du Guide suprême pourrait ouvrir la voie à une transformation politique en Iran, Boniface appelle à la prudence.

L’histoire récente montre que les interventions militaires extérieures débouchent rarement sur une stabilisation démocratique. « On n’a jamais vu une campagne aérienne conduire à un changement de régime débouchant sur une situation stable et démocratique », conclut-il. Dans ce contexte explosif, l’avenir de l’Iran reste incertain : entre résilience du régime, risque de guerre civile et possible redéfinition des équilibres au Moyen-Orient.

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