Notre regard singulier sur l'état de la France et la marche du monde. Au-delà des faits, le sens de l'actualité.
Génocide à Gaza : ce qu'a révélé 2025 sur le déni de nos dirigeants |Johann Soufi
Depuis plus de deux ans, Gaza subit une destruction systématique. En 2025, les faits sont documentés, le droit est clair, mais les États n’agissent pas. Bombardements, famine, impunité : le génocide se poursuit sous les yeux du monde.
Depuis plus de deux ans, Gaza est le théâtre d’une destruction systématique de la population civile palestinienne. Bombardements, famine organisée, privation d’eau, d’électricité, de soins et d’aide humanitaire : en 2025, les faits sont documentés, qualifiés, analysés. Et pourtant, rien ne s’arrête.
Une nouvelle année s’ouvre sous le signe d’un génocide qui se poursuit, sous les yeux du monde. « Le génocide n’est pas une opinion, c’est une qualification juridique », rappelle le juriste Johann Soufi, spécialiste du droit pénal international. Contrairement aux discours qui relativisent ou banalisent, le droit est clair : le génocide se définit par l’intention de détruire un groupe, en tout ou en partie.
Or, à Gaza, cette intention se déduit des actes répétés et de leur continuité dans le temps. « La privation d’eau, de nourriture, de médicaments et d’électricité ne peut pas s’expliquer autrement que par une intention génocidaire. » Dès janvier 2024, la Cour internationale de justice reconnaissait un « risque plausible de génocide ».
Depuis, les ordonnances se sont succédé, les rapports des Nations unies et des ONG se sont accumulés. « Ce ne sont pas les institutions judiciaires qui ont failli, ce sont les États », insiste Soufi. Car si le droit international existe, sa mise en œuvre dépend de décisions politiques. Or, celles-ci n’ont pas été prises. Pire : l’inaction s’accompagne d’une complicité active. Livraisons d’armes, soutien diplomatique, absence de sanctions, autorisations de survol ou de commerce : autant d’actes qui engagent la responsabilité des États. « Quand un État viole ses propres engagements internationaux, il érode le système conçu pour nous protéger tous », explique le juriste. En 2025, cette érosion est manifeste. Face à cette faillite, la société civile tente de combler le vide laissé par les gouvernements : médecins, juristes, syndicats, ONG, citoyens engagés. « La désobéissance civile n’est pas l’ennemie de la démocratie », rappelle Johann Soufi. « Elle en est le dernier recours, lorsque le droit est piétiné. » Gaza n’est pas seulement une tragédie locale. « En détruisant le droit international à Gaza, on fragilise toutes les protections ailleurs », alerte Soufi. Ukraine, Darfour, Taïwan : l’impunité crée un précédent dangereux. « Dans un monde sans droit, personne n’est à l’abri. »
En 2025, le génocide à Gaza ne relève plus de l’ignorance ou du doute. Il pose une question centrale : jusqu’où les États accepteront-ils que le droit international soit vidé de sa substance, et à quel prix pour l’avenir des démocraties ?