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"Fier d'être raciste" : il tire sur des enfants et sème la terreur
Dans le quartier de l’Arbousset, à Espaly-Saint-Marcel, petite commune de 3 500 habitants près du Puy-en-Velay, l’après-midi du 19 avril a fait basculer une inquiétude latente en scène de violence. Vers 14 heures, alors que des enfants jouent dans le seul espace du quartier, un homme de 65 ans sort une carabine. Quelques instants plus tard, un tir est effectué depuis son domicile, en direction du groupe. Un enfant de 10 ans assure qu’une balle de plomb lui a frôlé la jambe. Tous décrivent la même sidération : « On a eu peur de mourir ».
Très vite, les témoignages convergent. Les enfants évoquent des insultes racistes répétées — « retournez chez vous », « sortez les Noirs et les Arabes » — et des menaces déjà anciennes. « Ça fait des années qu’on subit », raconte une habitante. Plusieurs voisins affirment avoir alerté la mairie, le bailleur social et les forces de l’ordre à de multiples reprises, sans réponse durable. Quelques jours avant les faits, une voisine s’était encore rendue au commissariat pour signaler des menaces. Sa plainte n’aurait pas été prise, faute d’effectifs.
L’attaque, aussi brutale soit-elle, n’a donc surpris personne dans le quartier. Elle s’inscrit dans une série de faits dénoncés depuis longtemps : insultes, intimidations, violences. Une habitante évoque même du harcèlement sexuel. « On nous dit que c’est du bruit, mais derrière, il y a du racisme », insiste-t-elle.
Sur le plan judiciaire, l’affaire interroge. Dans un premier temps, le caractère raciste n’est pas retenu. Il faudra plusieurs jours, et l’intervention d’une association, pour qu’une seconde enquête soit ouverte pour injures à caractère racial. L’homme sera jugé pour violences avec arme, sans ITT. De son côté, il conteste toute intention de viser les enfants, évoquant un tir accidentel. Dans le quartier, la colère est à la hauteur du sentiment d’abandon. Aucun élu ne s’est rendu sur place dans les jours suivant l’agression. « On les a attendus, ils ne sont pas venus. Maintenant, on se débrouillera seuls », lâche une mère. Un rassemblement d’habitants a été organisé le 25 avril pour dénoncer le silence politique et médiatique.
Au-delà du fait divers, les habitants pointent un problème plus profond : la banalisation de propos racistes et le manque de réaction des institutions. Ce jour-là, aucun enfant n’a été grièvement blessé. Mais dans l’Arboussé, tous le répètent : la peur, elle, s’est installée durablement. Reportage de Lisa Lap et Andrei Manivit.