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L'édito

Le regard tout personnel porté par Denis Robert sur l’actualité en France et à l’étranger. Ses colères, ses rêves, ses combats et l’explicitation des choix éditoriaux du Média, portés par une verve à la fois grand public et littéraire.

En marche vers le grand n'importe quoi

Je me demande ce dont j’ai le plus besoin cette semaine. Je sais. J’ai besoin de silence et de douceur. Trop de bruit autour de moi, de vitesse, d’agressivité, de masse d’informations à traiter. Trop de flou, d’impasse et de no future. Un film s’impose… d’Ingmar Bergman. Ou plutôt son souvenir. Deux femmes, un majordome et un enfant se cherchent dans le silence d’un hôtel alors que dehors des bruits de guerre rendent nerveux.

En marche vers le grand n'importe quoi
"Le silence", Ingmar Bergman

Disons que pour écrire cet édito, mon quinzième, je tente de fuir le vacarme, histoire de faire le tri. Mais le vacarme me rattrape… Les gens ne s’imaginent pas la gamberge, le jus de crâne que c’est... Au début, l’intention est brumeuse. Et puis au fil de l’histoire, le scénario se précise. Une image apparait.

Chaque semaine, je reviens. Motivé comme jamais. Surtout depuis qu’on me censure. Je dis « on » parce que je ne sais pas très bien comment se joue la partition chez Youtube et chez Google. Qui appelle qui ? Qui fait quoi ? Tu as vu le machin là comme il grimpe. Shoote-le…
La semaine passée, le titre a pu faire peur. En marche vers la guerre civile.
La semaine d’avant c’était vers l’affrontement général.
Je ne sais pas ce qui bloque, mais je suis sûr que ce ne sont pas des robots qui décident de stopper les partages et la viralité de mes éditos. Ni les images de violence qu’on voit en pire partout ailleurs. Là, j’ai décidé de faire soft. Et on verra bien.

Je suis un homme de paix et de dialogue. La guerre civile, je ne la revendique pas, mais je crains que la politique libérale, sauvage, brisant les services publics et l’aveuglement de notre bienaimé président et de ses ministres dévots ne nous y mènent. Ce n’est pas moi qui invente les guérillas urbaines.

A l’heure où Christophe Castaner, qui n’en rate pas une, veut interdire l’enregistrement vidéo de policiers en manifs… sérieux, c’est un projet de loi… profitons-en encore un peu.

En marche vers le grand n'importe quoi

On aurait pu choisir la garde à vue d’Eric Drouet, exfiltré du salon de l’agriculture, ou Jérôme Rodrigues qu’on embarque à Lille alors qu’il mangeait tranquillement à une terrasse. Prise illégale de frites… Mais non.

Après consultation avec moi-même, le prix "Orange macronique" de la semaine est décerné aux policiers de Rennes qui, pris d’un accès de colère collectif et immodéré, vont sauter sur ce manifestant qui … passait. Le gars manifestait. Il a été frappé, embarqué. Et relâché. Dommage collatéral.

On est tous des dommages collatéraux en Macronie. Chômeurs, postiers, cheminots, avocats, étudiants, profs, toubibs, infirmiers, infirmières, Gilets Jaunes, journalistes, auteurs, chanteurs d’opéra, Nretons, Ch'tis, Lorrains, Parigots têtes de veau… Tous… Même certains députés… Avez-vous vu la diatribe démente de cet enmarcheur ? C’est insupportable, non ?

La règle, dans leur putain de nouveau monde, c’est la flexibilité et la précarité. La protection sociale est devenue un gros mot. Le CDI, un graal. Et la retraite, un privilège.

Je vais vous poser une question. Si je vous dis que l’impôt va baisser pour les sociétés faisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaire, est-ce que je suis d’extrême-gauche ?

Si j’ajoute que la France est le seul pays en Europe à battre le record d’augmentation des dividendes remis aux actionnaires. 64 milliards, soit 1,3% d’augmentation par rapport à l’an passé… Est-ce que je suis un militant anticapitaliste ?

Et si je vous raconte que dans l’Amérique de Trump, vantée par le très sérieux journal Le Point, qui lui n’est pas militant, faute d’assurance sociale, les Américains achètent des médicaments pour poisson pour se soigner, est ce que je fabrique une fake news bientôt punissable par la loi ?

Non. Je fais mon job. Je passe des informations vérifiables, en gardant la tête froide et les idées claires.

Il semblerait pourtant que ce que je raconte déplaise. D’où les restrictions mises en place par... J’arrive à 90 000 vues en deux jours et bingo, Anastasie sort ses ciseaux. Je suis comme un film porno. Interdit aux moins de 18 ans. Sauf que je ne montre pas ma teub. J’essaie de faire fonctionner mon cerveau. C’est la seconde fois que ça arrive en un mois. Il parait que j’incite à la violence et à la haine. Moi qui suis doux comme un agneau. Et aussi pudique qu’une nonne.

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S’il y en a un, cette semaine, qui incite à la haine, ce n’est pas moi, mais par exemple DSK. L’Obs nous apprend qu’il a gagné 21 millions en 5 ans et qu’il les a planqués dans un paradis fiscal.

Ou ce Jacques Maire, rapporteur du projet retraite à l’assemblée… Le mec a conservé 358 000 euros d’actions Axa, la compagnie d’assurance qui milite à donf' pour la capitalisation des retraites. S’il n’y a pas une obscénité là, un conflit d’intérêt majeur, je suis le pape ou Rocco Sifredi…

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NDLR - Notre cher graphiste a préféré choisir le Pape...

J’énerve à l’évidence certaines boutiques. Ils sont nombreux à me demander de me calmer. Même mes amis de longue date sortent les couteaux. Je vais m’attarder sur les messages de l’un d’eux. Doumé, mon vieux pote d’enfance. Bientôt cinquante ans qu’on se connait. Et voilà ce que je reçois.

"Salut Denis le justicier donneur insatiable de leçons en tout genre ... Comment peux-tu soutenir ce crétin de Branco ? Tu recherches une guerre civile ? On sera définitivement sur 2 barricades opposées..."

Oui, Branco, c’est à propos de l’affaire Griveaux. J’y reviendrai. Mon copain poursuit :

"Oui on finira sur des barricades. Je serai sur celle des bourgeois à abattre. N’es-tu pas toi-même un bourgeois à abattre ? Je te trouve opportuniste et prêt à tous les buzz pour faire tourner ton petit business. Et toute cette contestation et cette violence m’inquiètent fortement..."

Ben mon business marche bien. Malheureusement, je ne suis pas payé au like. Quant à la violence, pareil. Elle m’inquiète. Mais moi, c’est d’abord celle des policiers frappeurs et éborgneurs. Contrairement à toi Doumé.

"À propager ce type de haine, c’est sûr qu’un jour un type dans ton genre mettra peut-être ma tête au haut d’une pique ! Au final, t’es pire que Mélenchon et Le Pen réunis. Tu fais tourner ton Média en jouant sur les peurs et c’est assez dégueulasse. Propose des solutions plutôt que de dégommer à tout va. Cela te changera. Je t’en veux de nous faire peur et de vivre de cela. Écris sur la beauté, l’amour des autres, la nature... Que sais-je ? Mais bon la contestation sur tout, il y en a plus que marre. Et ta photo de profil avec tes doigts en forme de flingue ? C’est violent ... t’es qui ? La police ? James Bond ? C’est pitoyable de surfer sur les haines. Dégage, connard.

Écoute Doume, si Albert Londres débarquait en France aujourd’hui, où mettrait-il sa plume ? Dans quelle plaie ?

Ça me fait marrer de penser à ta tête quand tu verras que je te cite. Je nourris donc ta colère de semaine en semaine. Et tu fais mon inspiration. C’est un juste partage au fond. On se rend service. Pourquoi je continue ? C’est souvent très violent les réseaux sociaux. Ou les amis qui préfèrent leur tranquillité et Macron à nos années de lycée.
Faut être caréné chez Chapron pour encaisser leur haine.

Cette semaine, j’ai été agressé dans le métro. On a essayé de faucher mon portable. J’ai été agressé dans la rue par une bande de fous furieux qui m’ont traité de… Macron. Et j’ai été agressé par des copains qui me disent que je suis fou de continuer à soutenir les grèves et les extrêmes gauchistes. Oui, ils faisaient référence au Téléthon des grèves que nous avons lancé au Média. Et qui a remporté un très vif succès.

#KOLLEKTHON : Un autre monde est possible
Pour soutenir les grévistes en lutte contre la réforme des retraites et son monde, rendez-vous ce soir pour un direct organisé…

Bon…

L’intervention la plus ridicule à l’Assemblée nationale cette semaine est…
Le problème, c’est qu’il y en a tellement. La gaffe de Cendra Motin ?

Le lapsus de Mounir Mahjoubi ?

Oui, un lapsus. Le gars ne se rend même pas compte que c’est lui qui pirate la démocratie…

À vrai dire, celui que je préfère, c’est l’inénarrable Gilles Le Gendre, qui veut nous faire croire que l’opposition exagère et qu’ils hésitent pour le 49.3. Il oublie que pour le mariage pour tous ou la privatisation de Gaz de France, les amendements étaient encore plus nombreux pour des réformes moins contraignantes.

Comment peut-on être Gilles Le Gendre ?

Le premier prix du foutage de gueule ministériel est cette semaine encore pour Sibeth Ndiaye et sa pub sur les retraites. Ils étaient nombreux à y concourir. Mais vraiment, elle ! Timballe !

C’était une semaine merdique. L’affaire Griveaux a pollué mon espace-temps.
Juan, Zoé… Vous m’avez bien gonflé. Qu’est-ce que vous êtes allé foutre avec Piotr Pavlenski et sa copine Alexandra ? Franchement. Non, c’est dégueulasse. J’ai passé ma semaine à oublier de rappeler à peu près tous les journalistes qui cherchaient à me faire entrer dans la photo.

Je résume. J’ai écrit la préface de Crépuscule et aidé Juan Branco à l’éditer. C’est un livre très éclairant sur l’avènement d’Emmanuel Macron. À peu près au même moment, j’ai accepté comme amie Zoé Sagan sur Facebook et lui ai proposé d’écrire pour le Média. Jeudi 13 février, j’ai fait une conférence au Théâtre du Rond-Point avec Juan et l’écrivain de SF pré-insurrectionnelle Alain Damasio. Ensemble, et en présence de ma copine Marion Mazauric, éditrice de Juan et Zoé, on s’est bien marrés.

Conversation nocturne : Alain Damasio, Denis Robert, Juan Branco
Imaginons une veillée où se retrouvent trois « veilleurs » revenant de fronts différents, ils se racontent l’avenir et les…

Au repas qui a suivi, entre la poire et le Bordeaux, Juan nous a montré sur son Iphone le site d’un russe qui voulait mélanger pornographie et politique. Zoé avait partagé le message sur Facebook. Je l’ai regardé le lendemain, et même si je n’ai pas compris tout ce que Piotr racontait, j’ai tout de suite vu que ça allait chauffer pour le matricule du candidat macroniste à la mairie de Paris.

Il se trouve que je connais et que j’aime beaucoup son épouse qui a été mon avocate. Il se trouve qu’à la seconde où j’ai vu les vidéos, j’ai pensé à elle. Et à rien d’autre. Il se trouve aussi que j’habite Metz, et que j’ai pu y rencontrer Alexandra de Taddéo, la copine de Piotr qui a joué du sex-tape avec Benjamin, alors porte-parole du gouvernement. Il se trouve que je suis supporter du FC Metz et que son père a entraîné l’équipe.

Je reconnais, ça fait quelques coïncidences. Qu’est-ce que je peux vous dire de plus ?

Rien d’essentiel. C’est une histoire de cul, de jalousie. Ce qui est arrivé à Benjamin arrive malheureusement à des tas de gens, souvent des ados qui se foutent en l’air ensuite dans un silence glaçant. Finalement, il a du bol, lui, que le viol de son intimité suscite un débat. Limite, ça le rend sympathique. Limite, s’il était resté candidat, il grimperait dans les sondages.

Dans un pays où les ministres s’envoient des mamours et des messages politiques dans des émissions de trash TV, où Morandini, grand branleur devant l’éternel, présente une émission sur les médias quotidiennement, comment s’offusquer de l’étape suivante ? Celle où nous sommes. Vingt jours de palabre pour savoir si c’est cool de continuer à vivre sous la dictature des réseaux sociaux. Je résume.

L’image de l’astiquage vidéo de Monsieur Griveaux est encore précise, mais elle va bientôt se perdre dans le grand néant.

Mais bon. Au fond, on s’en fout. J’aurais pu dire on s’en branle tellement le spectacle mis en scène par les médias sous Macron est affligeant.

Ben oui. J’ai l’air malin moi, une fois que j’ai encore critiqué mes confrères. Et mes consoeurs.

-       Tu te prends pour qui mec ? Tu te trouves meilleur, connard ?
-       Ben ouais
-       Viens débattre…
-       Ben non

Au fond, je vous emmerde. Vous et vos débats à la con. Vos manière de couper les poils de bite en 4. Tout cela est vain, débile. Hypocrite.

En marche vers le grand n'importe quoi

La vérité vient encore des livres. Et de la littérature. Je surfais ce matin sur l’excellent site en ligne Ernest et je suis tombé sur cette citation de Philip Roth.
Dans La Tâche, il écrit : "Ce fut l’été du marathon de la tartufferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlutte ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt-et-un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite."

On avait presque oublié Monica Lewinsky et Bill Clinton. On oubliera Benjamin Griveaux et Alexandra de Taddéo. Tant mieux pour eux. Et pour nous.

En marche vers le grand n'importe quoi
Monica Lewinsky et Bill Clinton

"Branlette", "pipe", "turlutte", si mon édito échappe à la censure cette semaine, je serai vraiment veinard. Cela voudra dire que ce qui est interdit aux moins de 18 ans, ce n’est pas la pornographie… sexuelle. Mais l’obscénité dénoncée en politique.

On me coupe, on me taille parce que je m’en prends, avec verve, mais toujours bonhommie, au président plénipotentiaire démocratiquement élu de tous les Français ? Nooon... Je n’ose pas le croire.

En parlant d’obscénité, je vous invite à lire le surnaturel compte rendu d’écoute téléphonique publié par Mediapart. C’est une conversation entre Brice Hortefeux et Jean Pierre Elkabbach qui date de 2013. Pas si vieux. Elkabbach, qui passe encore pour un grand journaliste – je n’ai jamais compris pourquoi -, doit inviter Hortefeux à son émission sur Europe 1 le lendemain. Les deux hommes conversent et le journaliste dicte ses réponses à l’homme politique. C’est terrible. On est au cœur du mensonge médiatique. Ce mec, c’est la quintessence du journalisme de compromis. C’est ce qui nous rend honteux de dire qu’on a une carte de presse en commun.

Allez, j’en remets une couche.

Emmanuel Macron était le week-end dernier au salon de l’agriculture. Où il est resté 12 heures et où l’accueil, si j’en crois les dépêches et les nombreux articles de presse, étaient « chaleureux ».
J’ai lu et entendu ce commentaire partout. Le président amorce sa reconquête. Le président nous l’a joué à la Chirac. Macron devient populaire.

Et là, je me marre. Je vous demande de regarder ces vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
La première montre que les visiteurs qui ont dit du bien de Macron cette année étaient pour certains les mêmes que l’an passé. Un hasard selon le Monde. Admettons…

La seconde, à mes yeux plus éloquente, tournée par Sébastien, un Gilet Jaune actif sur Facebook, montre que le service d’ordre du président écarte la foule des badauds pour faire passer des … disons des aficionados.

Des types et des nanas venus là pour applaudir le Prési et créer une ambiance chaleureuse. Prenez le temps de regarder ce spectacle édifiant. La question est : ont-ils été payés pour ce job ? J’en sais rien. On va enquêter… Mais bon…

Voyez comment l'information se fabrique en Macronie. Est-ce moi qui exagère en vous montrant ces images ? Doumé dis-moi ? Toi qui adores Macron. Qui est celui qui ment à son peuple ?

Lui ou moi ?

Allez, salut.

L'édito

Le regard tout personnel porté par Denis Robert sur l’actualité en France et à l’étranger. Ses colères, ses rêves, ses combats et l’explicitation des choix éditoriaux du Média, portés par une verve à la fois grand public et littéraire.

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