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Révélations : un autre grand flic mis en examen dans l'affaire Squarcini

Par Thomas Dietrich, Irving Magi et Rémi-Kenzo Pagès

Retrouvez les contenus de ces auteurs : page de Thomas Dietrich, page de Irving Magi et page de Rémi-Kenzo Pagès.

Nouveaux rebondissements dans l’affaire Bernard Squarcini. Alors que l’instruction vient de se terminer et qu’on se dirige vers un procès retentissant, un nom n’est guère apparu dans la presse : celui de Jean-François Lelièvre. Le 21 décembre 2021, ce commissaire général en fonction à l’IGPN a pourtant été mis en examen. Selon le dossier judiciaire, auquel Le Média a pu avoir accès, il est soupçonné d’avoir fourni des informations sur des enquêtes en cours à Bernard Squarcini, alors que celui-ci s’était déjà reconverti dans le privé. Des dossiers très sensibles, comme l’assassinat de l’avocat corse Antoine Sollacaro en 2012. Ou des affaires de contrefaçon qui intéressaient LVMH, alors employeur de Squarcini.

« Le Squale », comme on le surnomme, n’a pas fini de nager en eaux troubles. Depuis 2016, l’ancien directeur du renseignement intérieur Bernard Squarcini a cumulé les mises en examen dans une affaire tentaculaire, où les juges l’accusent de « trafic d’influence », « exercice illégal d’agent de recherches privées », « atteinte à la vie privée », « faux en écriture publique » ou encore « détournement de fonds publics ». Le très sarkozyste Bernard Squarcini est suspecté d’avoir mis sur pied un véritable service de renseignement parallèle, non plus au service de l’Etat, mais au service d’intérêts privés. Et notamment ceux de son nouvel employeur à partir de 2013, le groupe de luxe LVMH. Le groupe de luxe est en effet devenu un des principaux clients de la société de conseil en sécurité que Squarcini vient alors de fonder : Kyrnos.

Jean-François Lelièvre, cet autre grand flic qui murmurait à l’oreille de Squarcini
"Le Squale" tel que mis en scène sur son site web personnel

Pour le compte de l’empire du milliardaire Bernard Arnault, Squarcini a multiplié les barbouzeries, faisant notamment espionner le futur député François Ruffin, qui préparait un documentaire sur le PDG de LVMH. Le Squale a aussi fait surveiller de manière illégale les dirigeants du groupe de luxe Hermès, alors en conflit ouvert avec LVMH. Débarqué de la DCRI en 2012 et reconverti dans le privé, il recourt toujours à la même méthode : activer son réseau. Squarcini a gardé tant d’amis à la DCRI qu’on pourrait se demander s'il en est jamais parti. Il sollicite régulièrement ses fidèles contacts à l’intérieur des services de renseignement ou de la police, afin de recueillir des informations confidentielles qu’il n’aurait jamais du avoir entre les mains et qu’il utilise ensuite au bénéfice du groupe LVMH, ou d’un autre client de sa société Kyrnos. Plusieurs grands flics ou hauts commis de l’Etat qui ont renseigné Squarcini sont aujourd’hui inquiétés par la justice pour avoir rendu ces petits services pas très légaux. Parmi eux, un policier dont la presse n'a jamais évoqué le nom bien qu'il a été mis en examen le 21 décembre dernier : le commissaire général Jean-François Lelièvre. 

Jean-François Lelièvre, cet autre grand flic qui murmurait à l’oreille de Squarcini
Jean-François Lelièvre en 2012, alors qu'il était coordinateur des services de sécurité intérieure en Corse

Jean-François Lelièvre a travaillé à la DCRI aux côtés de Bernard Squarcini du temps où ce dernier était le maître-espion de Nicolas Sarkozy. « Le Squale » entretenait déjà une drôle conception du service de l’Etat, n’hésitant pas à se mettre au service d’intérêts privés comme ceux de Bernard Arnault. « Un jour de décembre 2008, je suis appelé par Pierre Godé (ndlr : le bras droit du PDG de LVMH, aujourd’hui décédé) qui me dit avoir besoin en toute urgence et de façon confidentielle d’une aide que peut lui apporter le service », a raconté Squarcini devant la juge d’instruction. Le Squale s’exécute et demande à Jean-François Lelièvre, alors sous-directeur en charge des surveillances et des filatures, d’identifier un mystérieux corbeau qui faisait chanter Bernard Arnault. Le résultat ne se fera pas attendre. Devant la juge d’instruction, Squarcini confiera que « René Bailly (ndlr : le directeur-adjoint de la DCRI) ou Lelièvre me disaient que le gars avait été photographié et que la photo avait été envoyée à LVMH ». Si Lelièvre a nié lors de son interrogatoire « avoir été activé sur cette opération », il a continué à rendre quelques services à Bernard Squarcini. Il faut dire qu’au contraire du tout-puissant patron de la DCRI, Jean-François Lelièvre n’a pas été débarqué à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 2012.  

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