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Les émissions spéciales

Les émissions spéciales

Le Média se donne pour devoir de réagir à l’actualité quand elle s’accélère, mais aussi d’explorer de nouvelles formes et de nouvelles thématiques à travers des émissions spéciales, réalisées en interne ou en partenariat avec d’autres médias et/ou ONG et associations.

49.3 : L'Assemblée piétinée, place à la rue ?

Le Média réunit les députés Danièle Obono (LFI) et Stéphane Peu (PCF), ainsi que le Gilet Jaune Jérôme Rodrigues pour évoquer les suites du mouvement social contre la réforme des retraites qui vient d’être examinée, sans vote, à l’Assemblée nationale. Alors que le gouvernement refuse le débat parlementaire et modifie les règles du jeu démocratique, ils s’interrogent sur la possibilité de renverser l’ordre néolibéral par les élections, ainsi que sur la question de la légalité dans la lutte et du recours à la violence.

Dans la rue comme à l’Assemblée, ils font face à la même obstruction, qu’elle soit physique ou légale. Celle d’un gouvernement, qui, pour freiner les ardeurs d’un soulèvement social inédit, a institutionnalisé l’utilisation de la matraque policière et entrave le débat parlementaire. 

« Le 49.3 ? Rien de nouveau », relève Jérôme Rodrigues. C’est la face légale de la répression, bien moins violente que celle qui sévit en manifestation. L’image, aussi, d’une confiscation des institutions, « celle des policiers qui t’accueillent lorsque tu manifestes aux portes de l’Assemblée ». Le Gilet jaune dénonce un règne de la peur : « On régresse, on retourne à la mine ».

À quoi bon jouer cartes sur table lorsque les dés sont truqués ?. L’avènement du macronisme a scellé le sort d’un « espace intermédiaire : celui du compromis négocié », explique l’économiste Frédéric Lordon.

"Ils technocratisent l'appareil d'État pour l'affaiblir"

Malgré les tentatives de la gauche et de la droite pour s’opposer à l’utilisation du 49.3, l’examen du texte instituant un système universel de retraite s’est achevé à l’Assemblée nationale sans vote, dans la nuit de mardi à mercredi. Une poignée de députés étaient présents dans la salle au moment « de remettre en cause le pilier même du système qui a fait notre contrat social », regrette le député communiste Stéphane Peu.  

« Ils technocratisent l’appareil d’Etat pour l’affaiblir », accuse la députée Danièle Obono. « Ils ont considéré qu’on gouvernait ce pays comme une entreprise, mais les manifestions ont participé à la délégitimation du pouvoir », ajoute-t-elle. « Plus le gouvernement avance et moins il parvient à expliquer précisément les contours de sa loi », déplore Stéphane Peu.

Pour l'élu communiste, « les français veulent obtenir des réponses à ce qui devrait être basique : quand partiront-ils à la retraite, et selon quels critères le montant de leur allocation sera-t-il calculé ? Aujourd’hui, le gouvernement est encore incapable de le dire. Il y aura un âge d’équilibre ? On ne sait pas lequel. Quel montant ? Impossible de le savoir ».

Alors, pour fuir le débat, le gouvernement joue sur les subtilités d’une langue qu’il s’applique à détruire en vidant les mots de leur sens. Équité, universalité, égalité : quelle différence ? « Dans le privé, ce sont les 25 meilleures années qui comptent. Dans la fonction publique, les 6 derniers mois. Mais avec cette réforme, en prenant en compte l’ensemble de la carrière, c’est tout le monde qui sera tiré vers le bas. Plus t’es en bas de l’échelle, moins tu auras de points et plus tu devras retarder ton départ à la retraite », résume le député.

L'ombre de la capitalisation

« Recourir au 49.3, c’est plus un aveu de faiblesse qu’autre chose, estime Danielle Obono. Cela relève d’une volonté de s’éviter une déconfiture en direct alors qu’on allait aborder les points chauds de la réforme en entamant les discussions sur le revenu d’activité, dont personne ne connait encore la teneur ».

« Même si la messe n’est pas dite, la vérité, c’est que le gouvernement sait où il va. Il ne veut pas l’admettre mais on connait leur objectif. C’est la capitalisation », renchérit Stéphane Peu.

Face à un gouvernement qui joue la sourde oreille, les deux députés et le Gilet Jaune s’interrogent sur les leviers d’actions qui pourraient le faire fléchir, enfin. « Le mouvement de grève ne porte plus, remarque Jérôme Rodrigues. Il n’y a plus de finalité à tout ça. Il faut réinviter nos moyens d’action. Le gouvernement se contrefout des manifs, et s’il s’y intéresse, c’est pour les violenter ».

Convergences

Plus optimiste, la députée Danièle Obono ne mésestime pas la force de la mobilisation populaire. Des avocats reprenant le chant des Gilets Jaunes : qui aurait pu imaginer une telle image ces dernières années ? « Ce sont ces moments qui créent la convergence et l’identification collective à la lutte. Le basculement viendra d’un brèche », mais la foule pose ici les bases de sa libération, veut-elle croire.

De son unification, aussi, preuve que le mouvement social a dépassé le cadre d’un combat corporatiste.« Qui parlait de ces gens du privé qui vivent la précarité avant ce mouvement ? », s'interroge Jérôme Rodrigues,qui rappelle son passé d’employé de commerce. « Ils veulent peler la peau du dos des fonctionnaires, mais les précaires du privé, ils vont carrément leur enlever l’os », ajoute-t-il. 

Dans la rue comme au Palais Bourbon, la bataille pourrait encore se prolonger quelques mois. « La loi va aller au Sénat, revenir à l’Assemblée, et entre temps, il y aura les élections municipales » : autant de possibilités pour inverser le cours des événements, selon Stéphane Peu. Quant à l’avis du Conseil Constitutionnel, il n’est pas non plus acquis d’avance.

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