« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître.
Le Capital vampirise la nature : histoire et actualité du grand écocide capitaliste | Alain Bihr
« La production capitaliste est d’un seul et même mouvement écocidaire et anthropocidaire », écrit le philosophe et sociologue Alain Bihr en commentant les intuitions de Karl Marx. Ce dernier, cependant, « n’a pas développé, s’agissant du à la nature, l’analyse du comportement vampirique du capital si minutieusement mis en évidence par lui s’agissant de son rapport à la force de travail ». Tel est l'objet du dernier livre d'Alain Bihr, invité de Julien Théry pour ce nouvel épisode de La grande H.
Cette analyse est l'objet du livre récemment publié par Alain Bihr aux éditions Page 2/Syllepse et intitulé L’Écocide capitaliste, en 3 volumes : I. Une Catastrophe écologique planétaire. II. La Nature en proie au capital III. Perspectives historiques. Alain Bihr part de la métaphore du vampire, utilisée à de nombreuses reprises par Marx lui-même. Non seulement le capital, qui consiste en travail mort (les moyens de production créés par du travail passé), ne peut s'animer « qu’en suçant tel un vampire du travail vivant », en extrayant « de la mise en œuvre productive de la force de travail le maximum de surtravail comme sa substance nourricière », mais il transforme sa proie comme celle du vampire (laquelle, selon la légende, devient elle-même morte-vivante après lui avoir succombé) puisqu'il doit littéralement, « pénétrer cette force de travail en la remodelant pour la conformer à sa nature et à ses exigences de valorisation intensive ». Retour sur les modalités de ce processus et sur l'histoire de son développement à partir de l'ère pré-capitaliste aux XVe-XVIIe siècles.
La discussion porte entre autres sur la façon dont l'intensification systématique de la production, sur le modèle de la plantation coloniale, a aussi radicalisé la domination patriarcale subie par les femmes. A certains égards, Alain Bihr se démarque des thèses des éco-féministes marxistes. Mais la question essentielle concerne bien sûr le présent et la fuite en avant inhérente au mode de production capitaliste, qui représente désormais un danger imminent pour l'habitabilité humaine de la planète.
Assistant-stagiaire Simon Baubérot. Montage Bérénice Sevestre. Une émission de Julien Théry