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Entre les Mollahs, Israël et Trump : l’Iran pris au piège

Opposant au régime iranien, Arash Azizi alerte : entre la répression des mollahs, les menaces militaires de Trump et les calculs d’Israël, le peuple iranien est pris en étau. La démocratie, prévient-il, sert surtout de prétexte aux ingérences.

Les menaces de Donald Trump contre l’Iran ne relèvent pas du simple théâtre diplomatique. Pour Arash Azizi, intellectuel iranien et opposant au régime, le danger est bien réel. « Les chances que Trump et Israël agissent contre l’Iran sont bien réelles, les menaces sont très crédibles. Trump n’est pas du genre à bluffer », affirme-t-il. L’attaque américaine contre le Venezuela, début janvier, a servi de démonstration : Washington est prêt à frapper vite, fort, et sans détour.

À Téhéran, ces déclarations ne sont pas prises à la légère. « Beaucoup, dans les structures de pouvoir iraniennes, s’inquiètent de la même chose et prennent la menace très au sérieux, parce qu’il le dit directement », explique Azizi. D’autant que Trump a montré qu’il pouvait être « prompt à tirer sur la gâchette ».

Face à cette pression extérieure, le régime iranien affiche une posture martiale. Le Conseil de défense iranien a évoqué la possibilité de frappes préventives si une attaque américaine devenait probable. Mais pour Arash Azizi, cette rhétorique masque une faiblesse profonde. « Il y a beaucoup de discours de la part du régime iranien sans faire grand-chose », tranche-t-il, décrivant un guide suprême, Ali Khamenei, plus hésitant que jamais. Pire encore, l’impensable devient envisageable : « Ils peuvent aller très loin, jusqu’à tuer Khamenei, par exemple. Il y a quelques années, cela aurait été impensable, mais c’est possible maintenant. »

Dans ce contexte, les Iraniens font face à une double menace. « Un régime terrible chez eux, qu’ils combattent de toutes leurs forces, mais aussi les conséquences des attaques étrangères, toujours imprévisibles et inquiétantes », résume Azizi. Une chose est certaine selon lui : « Les conséquences politiques de ce type d’attaque sont totalement imprévisibles et certainement pas bonnes pour la démocratie, ni pour les luttes des Iraniens. »

À l’intérieur du pays, la situation est explosive. Depuis près de deux semaines, des mobilisations populaires s’étendent. Déclenchées par l’effondrement économique et la chute de la monnaie, elles ont rapidement pris une dimension politique. « Le régime a échoué à offrir les choses les plus basiques à son peuple. Il ne peut pas les protéger, il ne peut pas les nourrir », affirme Azizi. La contestation est large : commerçants des bazars, classes populaires, minorités ethniques, grandes villes comme provinces.

La réponse du pouvoir est brutale. « Le régime est clairement en train de tirer sur son peuple, surtout dans les petites villes », alerte-t-il, évoquant des dizaines de morts dans l’ouest du pays. Une répression d’autant plus absurde que l’Iran est menacé de l’extérieur. « La première tâche d’un gouvernement, c’est de garder le pays en sécurité. Ce régime en est incapable », insiste Azizi.

Opposant résolu à la République islamique, Arash Azizi refuse pourtant toute confusion entre lutte démocratique et ingérence étrangère. « La lutte pour la démocratie en Iran ne date pas d’hier. Elle remonte à 1905, à la révolution constitutionnelle », rappelle-t-il. Une lutte indissociable de la souveraineté : « On ne peut pas séparer démocratie et souveraineté. » À ceux qui fantasment une intervention occidentale salvatrice, il répond sans détour : « Ils ne prétendent même plus vouloir instaurer la démocratie. Trump parle ouvertement de vouloir du pétrole, comme au Venezuela. » Et d’ajouter : « L’excuse de la démocratie pour envahir un pays, on l’a déjà entendue au Moyen-Orient. On a déjà expérimenté ce justificatif. »

Entre un régime autoritaire qui tire sur son peuple et des puissances étrangères prêtes à intervenir pour leurs propres intérêts, l’Iran est pris en étau. « Nous avons besoin d’un gouvernement représentatif et responsable, capable de protéger le pays contre ce genre de menaces », conclut Arash Azizi. Ni les mollahs, ni Trump n’incarnent cet avenir. Seul le peuple iranien, rappelle-t-il, peut le construire.

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