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Budget: Le projet secret de Macron pour passer en force
Le recours au 49.3 sur le budget n’est pas un simple épisode parlementaire. Il met en lumière une tension stratégique au sommet de l’exécutif entre Emmanuel Macron et son Premier ministre Sébastien Lecornu. Deux options se sont affrontées entre les deux têtes de l’exécutif : le 49.3, finalement retenu par Matignon, et le recours aux ordonnances budgétaires prévues à l’article 47 de la Constitution, activement défendu par l’Élysée. Cette seconde option, juridiquement possible, aurait permis de mettre en œuvre le budget par ordonnances à l’issue des délais constitutionnels, sans passer par les parlementaires. Une hypothèse politiquement explosive.
« C’est un passage en force encore plus violent car il contourne totalement le Parlement », alerte le constitutionnaliste Jean-Philippe Desrosier. « Le président veut jouer avec la Constitution et toute la Constitution (…) J’espère que ce ne sera effectivement pas le cas, car je me passerais volontiers des articles 16 et 36. » Pourquoi Emmanuel Macron voulait-il emprunter cette voie ? Parce qu’elle présente un avantage décisif : en cas de censure du gouvernement, le budget serait resté applicable. À l’inverse, le 49.3 expose à une double chute : celle du gouvernement et du texte budgétaire. « Trois 49.3 et un aller-retour au Sénat, on en a encore jusqu’à la mi-février pour doter la France d’un budget, c’est longuet », confie un proche de l’Élysée au Média. En assumant le 49.3, Sébastien Lecornu a choisi le risque politique maximal. Un choix qui révèle un désaccord réel avec le chef de l’État, malgré une relation présentée comme loyale. Cette séquence fragilise aussi le récit économique macroniste et nourrit les tensions jusque dans l’ancienne majorité.
À un an de la fin du quinquennat, ce 49.3 agit comme un révélateur : l’exécutif ne parle plus d’une seule voix.