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Henri Sterdyniak, signataire du manifeste des économistes atterrés, dissèque les choix économiques des gouvernants, débusque la propagande néolibérale et dévoile la logique prédatrice des multinationales.

Baisse illusoire du chômage : la terrible réalité

Trois chiffres contradictoires ont été publiés la semaine dernière.

Le PIB français a reculé de 0,1% au quatrième trimestre 2019. En glissement, le PIB n’a augmenté que de 0,9% en 2019, contre 1,2% en 2018, 3% en 2017. C’est la faillite de la stratégie d’Emmanuel Macron, qui prétendait relancer l’économie par des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises et par la recherche effrénée de la compétitivité et de l’attractivité. Encore heureux que les Gilets Jaunes l’aient contraint à une petite politique de relance de l’ordre de 10 milliards d’euros l’année dernière.

Plus généralement, le ralentissement dans la zone euro, et particulièrement en Allemagne, met en cause la stratégie néolibérale où chaque pays doit brider ses salaires, diminuer sa protection sociale, augmenter les profits de ses entreprises en comptant sur les gains de parts de marché pour croître au détriment des autres pays.
Cette stratégie absurde augmente les inégalités sociales et fragilise l’économie de chaque pays, les pays perdants, ceux qui ne réussissent pas à affaiblir assez leurs travailleurs et leurs populations, mais aussi les pays un peu gagnants qui se trouvent à la merci des chocs de l’économie mondiale.

Ainsi la croissance de l’Allemagne ne sera que de 0,4% en 2019.
Certes, l’économie française a été un peu ralentie par les grèves en fin d’année, mais plus fondamentalement, la consommation souffre de l’anxiété et de l’insécurité provoquées par les réformes d’Emmanuel Macron. Il faut remettre l’économie sur ses pieds, lui redonner l’objectif d’augmenter le bien-être de la population.

Le gouvernement s’est félicité de la croissance de la création d’entreprises.
Effectivement, en 2019, 815 000 entreprises ont été créées : c’est un record. Faut-il s’en réjouir ?

En fait, 386 000 microentreprises ont été créées, C’est à dire des petites entreprises sans aucun salarié. Ce peut être un travailleur ubérisé, contraint de travailler à la tâche, sans aucune protection sociale. Un quart des entreprises créées en 2019 le sont par un chômeur, souvent un travailleur, qui faute de trouver un emploi stable, se résigne à chercher de petites activités de services. Ce peut être un salarié qui, faute d’un salaire suffisant, cherche de petits boulots en supplément.

210 000 entreprises individuelles ont été créées, souvent des entreprises fictives avec un seul client : une entreprise donneuse d’ordre qui ne veut pas embaucher et préfère recourir à la sous-traitance. Elle oblige un de ses salariés à créer sa petite entreprise, ce qui va lui permettre de sous-payer les travailleurs, de ne pas leur accorder d’avantages sociaux, d’échapper au droit du travail, de les licencier facilement.

La hausse du nombre de créations d’entreprise, si elle correspond parfois à un désir de jeunes actifs d’être autonomes, d’échapper au salariat, reflète le plus souvent la dégradation du marché du travail, la disparition des emplois stables correctement rémunérés et protégés.

Enfin, le nombre de chômeurs a diminué, de 5,92 millions fin 2018 à 5,74 millions fin 2019, soit une baisse de 3%. On peut certes s’en réjouir. Mais à ce rythme il faudra 17 ans pour retrouver le taux de chômage d’avant-crise, celui de la fin 2007. Il reste 2,58 millions de personnes en chômage de plus d’un an, une personne qui tombe en chômage met en moyenne 326 jours pour en sortir. Certes, 250 000 emplois ont été créés en 2019, mais 600 000 avaient été créés en 1999 et autant en 2000. Il manque encore plus de 2,5 millions d’emplois pour retrouver un taux de chômage satisfaisant. Et les entreprises ont fait payer cette hausse de l’emploi au prix fort par l’insécurisation induite par les lois El Khomri et Pénicaud, par les exonérations de cotisations sociales, 60 milliards d’euros en 2019, par le développement de l’emploi précaire, 15,5% des emplois sont en CDD, en intérim, en faux auto-entreprenariat, et par le développement de l’emploi à temps partiel subi, 1,45 million de personnes, 5,4 % de l’emploi.

Avec sa réforme des retraites, le gouvernement veut reculer l’âge du départ à la retraite de 62 à 64 ans, ce qui mettrait 1,2 millions de personnes en plus sur le marché du travail. La croissance de l’emploi risque de s’infléchir en 2020 du fait de la chute de la croissance, du fait de la fin de l’effet ponctuel des mesures de libéralisation. Il est plus que temps de réfléchir à d’autres façons d’atteindre le plein emploi, d’un côté la réduction du temps de travail, de l’autre la création d’emplois publics et sociaux correspondant aux besoins de la population, enfin, la création d’emplois verts s’inscrivant dans la transition écologique.

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Henri Sterdyniak, signataire du manifeste des économistes atterrés, dissèque les choix économiques des gouvernants, débusque la propagande néolibérale et dévoile la logique prédatrice des multinationales.

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