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Assigné à résistance - Édito pour l'échafaud

Par Denis Robert

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Miles Davis, Léo Ferré, Bigard et le président : le neuvième et dernier épisode du carnet de bord de Denis Robert, déconfiné près de Metz.

« Nous aboyons avec des armes dans la gueule. Des armes blanches et noires comme des mots noirs et blancs. Noirs comme la terreur que vous assumerez. Blancs comme la virginité que nous assumons. Nous sommes des chiens et les chiens, quand ils sentent la compagnie, ils se décolliérisent. Ils posent leur os comme on pose une cigarette… » - Léo Ferré.

On m’a offert pour mon anniversaire la BO d’ « Ascenseur pour l’échafaud ». Je l’ai écoutée en boucle cette semaine. En sirotant des petits coups de Bourbon.

Et j’ai regardé « After Life » sur Netflix. Ricky Gervais, au meilleur de sa méforme, racontant l’histoire d’un journaliste au bord du suicide matant les vidéos de sa femme morte d’un cancer, passant sa vie entre le cimetière, un père en train de mourir d’Alzheimer et ses congénères ahuris, obèses ou sous tranxène. 

Je résume, hein… Cette série, c’est beaucoup plus que ce pitch déprimant. C’est un cri d’amour et d’humanité dans un monde qui en manque tant…

Bref, j’ai eu une semaine de merde : je ne sais toujours pas si les revues scientifiques sont aux mains de Big Pharma, si on pourra se baigner cet été à Oléron et si on est, oui ou non, en bout d’épidémie...

Une chose dont je suis sûr, c’est que les chiffres communiqués par le Ministère de la Santé sur le nombre de morts du Covid – un peu moins de 30 000 en France - sont en deça de la réalité. Pour une raison au moins : les Ehpad. Il y en a 7200 en France, qui accueillent plus de 600 000 vieillards. Il aurait été simple en début d’épidémie, compte tenu de l’hécatombe, de demander à chaque Ehpad de donner le nombre de victimes quotidiennes sur un fil commun. Et d’additionner. Ça n’a jamais été fait. Pourquoi ? 

J’ai très peu regardé les infos à la télé, ou écouté la radio, tant je suis saturé. Ce qui n’est pas très sérieux pour un éditorialiste. 

Ma semaine a donc été uniquement sauvée par deux merveilles : les 12 épisodes de la série de Ricky Gervais… Et Miles.

Je vais donc faire un édito pour l’échafaud… Qu’on me tranche la tête ensuite… 

La question - posons-la tant que nous le pouvons encore - est la suivante : allons nous réussir à nous débarrasser d’un président inepte, inapte, désaxé, inconséquent et dangereux, soutenu par une bande d’emmarcheurs louvoyants et corrompus ?

Bon, je pousse le bouchon un peu loin. Mais en face, avouez que c’est raide…

Regardez, ce dimanche midi, le programme télé…

Ou le JDD de Lagardère, qui en matière de lèche dépasse même BFM.

Assigné à résistance - Édito pour l'échafaud

Lagardère, rappelons-le, très mauvais gestionnaire de son empire de presse, vient de sauver sa tête grâce à Bolloré, Sarkozy, mais aussi Bernard Arnault et le Qatar. Et Emmanuel Macron, qui aurait vu d’un mauvais œil un journal à sa botte lui échapper.

Le JDD fait ce dimanche la promotion du ministre du Budget qui a le plus servi la soupe aux actionnaires et au grandes fortunes depuis trente ans. Dans un publi-reportage de 4 pages affligeant qui fait honte au journalisme, Gérald Darmanin se pose en défenseur du peuple cherchant à lutter contre les inégalités. Mieux vaut en rire…

Entre Apolline de Malherbe qui s'est faite heureusement rattraper par la patrouille cette semaine, Christophe Barbier qui avoue dans une interview à Ouest France qu’il a inventé le Macronisme avant Macron, et Patrick Drahi, le proprio de BFM et de l’Express, qui fait une fleur à Libé pour mieux exercer son influence sur l’État macronien - ce n’est pas moi qui le dit, mais Challenges… -, je suis un peu obligé de sortir l'artillerie lourde.

Je sais qu’à longueur de semaine, j’en énerve beaucoup avec mon air tranquille et cette guerre perdue d’avance que je mène contre les faux derches, les usurpateurs, les suppôts et les profiteurs de la Macronie.

Là aussi, j’en profite. J’use d’épithètes pour me payer leurs têtes.  Sans violence et sans haine. Je le dis d’emblée car je sais ce qui me pend au nez…

Vous allez peut être trouver que j’exagère mais cette loi Avia votée au sortir du confinement – alors que cet État est en prise à mille maux et a tant d’autres choses à faire - est une ignominie.

Est-ce que si je dis saloperie, je tiens un propos haineux ? Je ne crois pas. C’est ma liberté d’expression que d’utiliser une vulgarité qui signifie mieux que d’autres mon exaspération.

Mais avec cette loi, si Madame Laetitia Avia me dénonce à Google ou à Youtube, rien que l’utilisation de ce mot peut valoir une censure.

Cette loi, sous des prétextes louables, est un arbre qui cache une forêt d’ennuis pour nous, les écrivains, les journalistes, les youtubeurs, les internautes, les citoyens.

Ce raid parlementaire orchestré par les emmarcheurs est une flétrissure, une abjection, une bassesse. Donc une saloperie. 

Les amis et sponsors d’Emmanuel Macron possèdent déjà 90% des médias. Notre liberté, nous les médias dits alter, nous la trouvons sur le Net grâce à des plateformes comme Youtube et Facebook. Google et Zuckerberg.

C’est donc maintenant à ces milliardaires américains de décider ce qui est un appel à la violence ou un propos haineux. Ces mêmes milliardaires qui viennent de s’en mettre plein les poches grâce à la pandémie…

434 milliards gagnés pendant que les États crient famine…

Le combat ordinaire est déjà tellement inégal… J’espère me tromper. Mais j'ai déjà eu à subir à trois reprises leur excommunication.

Je suis donc bien placé pour m’inquiéter. Ma conscience s’est forgée petit à petit. J’essaie de réfléchir et de me remémorer.

Comment suis-je devenu aussi intransigeant avec Emmanuel Macron et ses petits soldats truqueurs comme ce Gérald Darmanin, roitelet de l’injustice fiscale ?

Comment suis-je devenu ce type qui l’ouvre toutes les semaines ou presque sur Internet et qui voit ses audiences grimper avec des formats très longs et peu académiques ?

Assigné à résistance - Édito pour l'échafaud

Allez savoir.

Je suis comme le journaliste joué par Ricky Gervais. Un peu moins suicidaire quand même. On peut me cracher à la gueule, me traiter de soc-dem, de suppôt de Mélenchon, de bourgeois, d’écrivain raté, de sale gauchiste, de footeux, de branleur, de mauvais écolo, de crypto-communiste, d’antisémite, de connard, je m’en fous.

Enfin écrivain raté, ça m’énerve un peu…

Tant qu’on ne dit pas que je suis de la République en Marche, ça me va.

Dans mon désespoir, j’ai des limites qu’Emmanuel Macron semble ne pas avoir. Jamais. Il est sans limites. Il est capable de tout.

Le coup des masques qui n’ont jamais manqué. Fallait oser quand même… Ben lui, il y est allé. Franco de port.

Remarquez, il ne ment pas. C’est ce qui est pire dans le propos. Il a toujours cette prescience langagière qui consiste à énoncer une énorme saloperie qui n’est pas à proprement parler un mensonge.

Il a sans doute dû rester dans un fond de hangar perdu en banlieue parisienne quelques dizaines de milliers de masques… Le fait est que les hauts fonctionnaires de la Santé ne les ont pas lâchés. Et que des soignants y sont passés par dizaines.

Je veux dire qu'ils sont morts.

Je veux dire que tenir pareil propos de la part d’un président, avec tout le respect que je lui dois, c’est une belle saloperie.

Et que penser de cet échange ? Ok, le Président va au contact, mais il continue à baratiner les infirmières qui ne se laissent plus faire… « Quand je fais des promesses, je les tiens », dit-il. Vaut mieux entendre ça que d’être sourd… 

C'est dur d'enchaîner après ça.

Chaque semaine, c’est un peu pareil : je me promets de faire court, mais l’actualité est tellement abondante et sous-traitée ailleurs…

Comment ne pas montrer ces images de policiers en démonstration de virilité ? Comment ces types portant flingue et képi, ces gardiens de la paix ont-ils pu devenir ces brutes épaisses ?

Bon, on est à Aubenas sur le marché, un homme vient de se faire verbaliser car il ne porte pas de masque et une jeune fille le défend… Voyez la suite.

Là, on est devant le tribunal de Paris. Une avocate vient de sortir de garde à vue ses clients, ils sont plus de dix. Et badaboum…

Je pourrais aligner dix vidéos de cet acabit. 

Comme s'interrogent le Bondy Blog et la philosophe Elsa Dorlin, face à ces violences, que nous reste-t-il d’autre que l’auto-défense ?

Faut-il "fermer les yeux ou les ouvrir grands et regarder ce qui se passe, ce qu’est la réalité. Il ne s’agit pas de rêver à ce que sera le monde d’après, mais probablement de prendre acte qu’il n’y en aura pas si on continue de fermer les yeux et de passer son chemin comme si de rien n’était".

Heureusement, l'artiste Camelia Jordana et un jeune retraité ont sauvé l'honneur.

Le jeune retraité n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Jean Louis Arajol, ancien secrétaire général du SGP, le syndicat général de la police. Il vient de poster sur Facebook une lettre ouverte à la Macronie, en appelant les gendarmes et les gardiens de la paix à ne plus être les mercenaires d’un pouvoir aux abois :

Merci Jean Louis, vous faites du bien. Si seulement les policiers d’Aubenas ou les CRS aux abords du Palais de justice de Paris pouvaient vous entendre.

Bon, je continue. Par quoi, par qui ?

Bezos et Lévi-Strauss.

Jeff Bezos a gagné près de 50 milliards depuis le Covid. Dans le même temps, 16 millions de travailleurs américains ont perdu leur assurance maladie. La fortune du patron d’Amazon atteindra les mille milliards de dollars en 2026… 

Face à Jeff, deux citations de Claude Lévi-Strauss :

  • "Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui".
  • "Le savant n'est pas l'homme qui fournit les vraies réponses : c'est celui qui pose les vraies questions".

Je ne sais pas si je suis savant, mais j'ai deux questions :

  • Comment stopper cette course infernale au profit qui va tous nous tuer, à commencer par la planète où nous vivons ? 
  • Comment sortir de cette crise sanitaire, financière et écologique sans faire tomber les plus pauvres ? 

Pour la deuxième question, j’ai une réponse : en prenant aux plus riches, évidemment. Cette question agite aussi le microcosme français. 

Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef, appuyé en cela par un paquet d’emmarcheurs qui rasent les murs, a la réponse : il veut nous faire travailler plus pour gagner moins... « Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire », a-t-il expliqué au Figaro. 

Cette déclaration a le mérite de la clarté. Sauf que… Monsieur Roux de Bézieux, on n’est pas d’accord.

On n’est pas d’accord non plus pour que l’État donne quatre milliards à Renault. Je propose qu’on les applaudisse et qu’on refile la dotation aux hôpitaux, aux infirmières et aux médecins…

Ce n’est pas à nous de payer les errances et les séquelles du Covid, mais à Monsieur Bouygues, Mr Ford, Mr Arnault ou Mr Google… Eux "envoient des ouvriers dans des usines et font de l’argent avec".

Nous, on envoie nos idées dans la rue. On voudrait ralentir, décroître, partager le temps de travail, tirer les leçons de ce qui nous arrive.

Je ne suis pas sûr qu’on nous entende… Qu’est-ce qu’on doit faire pour arriver à être entendu ? Prendre les armes ? 

J’ai lu cette semaine qu’Emmanuel Macron avait téléphoné à Jean-Marie Bigard après que ce dernier ait poussé un coup de gueule sur sa chaîne Youtube. "Je chie sur le président et le président m’appelle", a-t-il expliqué à Sud Radio.

Monsieur le Président, je reste poli. Déterminé mais poli. 

J’ai vu que vous passiez aussi des coups de fil à Eric Zemmour, à Cyril Hanouna, à Patrick Sébastien, que vous donniez des coups de main à Philippe de Villiers, à Didier Raoult… Non, c’est cool…

Pas la peine de m’appeler. Je vais être super emmerdé si je vous ai au bout du fil. Mais écoutez-moi. Je ne vous menace pas, hein… Je vous préviens simplement. 

On ne va pas pouvoir tenir comme ça longtemps, continuer à courber l’échine. Accepter l’inacceptable…

Croire à des promesses, vous regarder dépenser notre argent pour renflouer les caisses de vos amis… Nous, on veut que vous remettiez l’ISF, que vous supprimiez la flat tax, que vous abandonniez les réformes de l’assurance chômage, que vous nous rendiez Aéroports de Paris et la Française des jeux. On veut que vous nationalisiez au moins une banque.

J’ai d’autres idées. Je suis sûr que j’en ai beaucoup plus que Gérald Darmanin que vous faites monter dans les tours en ce moment…

Vous voyez, je ne dis pas de gros mots. Je ne vous hais point.

Je pense simplement que les dégâts que vous faites commencent à être visibles malgré vos amis des médias.

Et surtout irréversibles.


PS - Mon conseil déconfinement du jour, c'est de regarder cet excellent documentaire. Ça ressemble à Astérix contre César, sauf que tout est vrai...

Et aussi une grosse pensée pour Julian Assange, que Boris Johnson laisse crever dans sa prison anglaise. 

Allez, salut à tous. Et au revoir, Monsieur le Président.

Illustration de Une : Adrien Colrat - Le Média.

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