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Henri Sterdyniak, signataire du manifeste des économistes atterrés, dissèque les choix économiques des gouvernants, débusque la propagande néolibérale et dévoile la logique prédatrice des multinationales.

Retraites : un déficit imaginaire pour justifier la réforme

Le gouvernement avait demandé au Conseil d’Orientation des Retraites d’évaluer la situation financière du régime de retraites en 2025. Son objectif était clair : montrer que le système est déficitaire et donc qu’il faut d’urgence des mesures de correction « pour redresser l’équilibre financier du régime » avant 2025, date de mise en place de la retraite par points. Malgré quelques réticences, le COR s’est prêté à l’opération de sorte que le gouvernement et la presse ont pu mettre l’accent sur un déficit prévu pour 2025 de 17 milliards d’euros, soit de 0,7% du PIB.

Ce pseudo-déficit ne vient pas de la hausse des retraites. A partir de 2021, les pensions évolueraient comme les prix sans revalorisation en pouvoir d’achat. Jusqu’en 2025, les dépenses de retraite progresseraient de 1,4 % par an en volume, ce qui correspond à la croissance du PIB prévue par le COR. Ainsi, la part des dépenses de retraites dans le PIB resterait stable à 13,8% du PIB. Ceci au prix d’une baisse du ratio pension moyenne / salaire moyen de 3,1 % jusqu’en 2025. Ce sont les retraités qui supportent par une baisse relative de leur pension la hausse du nombre de retraités.

Le déficit provient uniquement de la baisse des ressources de 13,7 % du PIB en 2018 à 13,2 % en 2025. Le COR fait l’hypothèse que les taux de cotisation serait fixe, mais il reprend les objectifs du gouvernement en matière d’emploi dans la fonction publique : soit une baisse de 90 000 emplois d’ici 2025. Le point d’indice de la fonction publique serait fixe jusqu’en 2022, puis le traitement moyen serait bloqué en pouvoir d’achat. Au total, les traitements des fonctionnaires passeraient de 12 % du PIB en 2018 à 10 % en 2025. Cela permettrait aux administrations de baisser de 12,5 milliards leurs cotisations employeurs. La quasi-totalité du déficit provient donc de l’austérité salariale et de la baisse des effectifs publics. C’est la double peine : les salaires stagnent, les effectifs publics décroissent ; c’est un argument pour baisser les retraites. S’y ajoute une perte de 2 milliards en raison de la non-compensation des exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires et sur la prime de fin d’année, de la baisse du forfait social et de la baisse de la CSG sur certains retraités ; s’y ajoute de moindres transferts de cotisations de 2 milliards de l’Unedic, liés à la baisse prévue du chômage. Il n’y a donc aucun déficit en réalité, autre que celui provoqué par les choix du gouvernement de réduire les ressources des retraites.

Il faut considérer l’ensemble de la protection sociale. En 2025, la dette sociale serait remboursée, ce sont donc 16 milliards, qui sont utilisés actuellement pour rembourser les marchés financiers, qui seront disponibles. Avec un taux de chômage de 7 % en 2025, l’Unedic aurait un excédent de 12 milliards. La protection sociale prise globalement aurait donc en 2015 un excédent de l’ordre de 14 milliards. Par ailleurs, les réserves nettes du système de retraite sont aujourd’hui de 127 milliards.

Compte-tenu de la commande du Premier ministre, le COR s’est trouvé obligé de proposer des mesures pour combler un déficit inexistant . Soit augmenter l’âge minimal de départ à 64,3 ans (pour la génération 1963, ce qui obligerait beaucoup de seniors à retarder de 2 ans leur départ à la retraite, sachant que beaucoup ne pourraient se maintenir en emploi ) ; soit augmenter à 46 ans la durée de cotisation requise pour le taux plein à 46 ans (les jeunes qui commencent à cotiser à 23 ans n’auraient droit à une retraite à taux plein qu’à 69 ans ) ; soit une baisse de 1,1 % par an du pouvoir d’achat des retraites par leur non-indexation sur l’inflation.

Nous l’avons montré, il n’y a pas de problème structurel de financement en 2025 avec les hypothèses faites en matière de dépenses. Ceci ne nous empêche pas de considérer que la baisse relative des retraites par rapport aux salaires n’est pas souhaitable ; il faudrait donc consacrer en 2025n 11 milliards de plus aux retraites, ce qui serait finançable si le taux de cotisation retraite était augmenté de 0,2 point chaque année, soit de 1,1 point en 2025.

Contrairement à la propagande du gouvernement qui cible les salariés de la RATP et de la SNCF, le projet de réforme concerne bien tous les salariés et les retraités, qui seraient encore frappés si le gouvernement ajustait le système en désindexant encore les retraites. Il illustre la stratégie que le gouvernement utilisera à l’avenir : priver arbitrairement de ressources le système des retraites et utiliser le déficit ainsi créé pour diminuer le niveau des retraites.

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Henri Sterdyniak, signataire du manifeste des économistes atterrés, dissèque les choix économiques des gouvernants, débusque la propagande néolibérale et dévoile la logique prédatrice des multinationales.

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