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Assassinat d’Alex Pretti : de Trump à Nunez, le même mensonge d’État
Dans cet édito du Récap, Romain Mahdoud revient sur une nouvelle affaire de violences policières aux États-Unis, révélatrice d’un système politique et sécuritaire qui transforme systématiquement les victimes en coupables. À Minneapolis, Alex Pretti, infirmier de 37 ans, a été tué par des agents fédéraux lors d’une manifestation contre l’ICE, la police de l’immigration américaine. Les faits sont documentés par plusieurs vidéos : alors qu’il tente de protéger deux femmes prises à partie par des agents du CPB et qu’il filme la scène, Alex Pretti est violemment plaqué au sol. Immobilisé par plusieurs policiers, il est ensuite abattu de dix balles. Son seul tort : s’être interposé face à une intervention jugée brutale et injustifiée.
Très vite, l’administration Trump déploie sa mécanique de défense. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, affirme que la victime était armée et invoque la légitime défense des agents. Une version pourtant démentie par une enquête du Washington Post, qui établit que l’arme d’Alex Pretti avait été confisquée avant l’ouverture du feu. Pour l’édito, il ne s’agit pas d’un dérapage mais d’une exécution sommaire maquillée en intervention légitime. Ce schéma n’est pas isolé. Quelques jours plus tôt, Renée Goodpar, 37 ans, était tuée par l’ICE de plusieurs balles alors qu’elle se trouvait au volant de sa voiture lors d’une manifestation. Là encore, la légitime défense est invoquée. Un scénario qui rappelle immanquablement des affaires françaises, comme la mort de Nahel Merzouk.
Romain Mahdoud établit alors un parallèle direct avec la situation en France, où une proposition de loi portée par la droite, soutenue par le ministre de l’Intérieur, visait récemment à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Un texte qui inverserait la charge de la preuve et ouvrirait la voie à une impunité accrue. S’il n’a pas été adopté, ce n’est pas par rejet de son danger, mais par simple épuisement du temps parlementaire. Enfin, l’édito replace ces violences dans un contexte politique plus large. À Minneapolis, Donald Trump a justifié le déploiement massif de l’ICE par une affaire de fraude impliquant la communauté somalienne, pourtant majoritairement américaine et en situation régulière. Des faits isolés deviennent ainsi le prétexte à la stigmatisation collective, au service d’un agenda raciste assumé. Des États-Unis à la France, les mêmes ressorts sont à l’œuvre : criminalisation des minorités, banalisation des violences policières et impression persistante de déjà-vu face à des morts qui se succèdent sans que justice ne soit rendue.