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Les enquêtes

Dans une société où la transparence est sur toutes les lèvres, la culture du secret n’en finit pas de se développer, Le Média traque les dysfonctionnements de services publics pris au piège de l’argent-roi, mais plus largement les mensonges d’Etat et les infractions des multinationales.

A Grenoble, vent de révolte contre un puissant groupe de santé

A Grenoble, le GHM, groupe hospitalier mutualiste, à but non lucratif, a été repris il y a deux ans par un groupe à la réputation sulfureuse... Une reprise qui provoque la méfiance d’un collectif d’usagers et de citoyens...

A Grenoble, le GHM, groupe hospitalier mutualiste, à but non lucratif, a été repris il y a deux ans par un groupe à la réputation sulfureuse, Doctegestio, aujourd’hui renommé le groupe Avec. Son président, Bernard Bensaid, se revendique de l'économie sociale et solidaire, et pourtant. Après plus d’un an d’enquête d’un collectif d’usagers et de citoyens, les méthodes de ce groupe posent questions. A Grenoble, mais aussi aux quatre coins de la France. Des plaintes ont été déposées, notamment une contre X pour prise illégale d’intérêt, nous explique Thierry Caron, secrétaire du comité social et économique (CSE) de la clinique : “M. Bernard Bensaid est président du groupe Avec, mais aussi président de la clinique du GHM. Ça pose problème, car il signe une convention de frais de service entre le groupe Avec et la clinique. Il se retrouve donc client et prestataire. Des frais de services qui représentent 1,7 million d’euros en 2021 et 2,5 millions d’euros en 2022. Un montant qui semble surestimé, sans factures précises”.

Les syndicats du département FO et CGT ont donc porté plainte pour prise illégale d’intérêt au pénal, afin d’ouvrir une enquête de la part du procureur, un dossier toujours en cours. De son côté, le groupe conteste toute prise illégale d’intérêt, explique Yves Jégo, ancien secrétaire d’Etat de l’Outre mer sous Nicolas Sarkozy, aujourd’hui n°2 du groupe Avec : “Cette reprise de la clinique qui était en difficulté passe par une mutualisation des moyens, comme dans tous les groupes, il y a ce qu’on appelle un management central, qui permet d’apporter un savoir-faire, et qui fait l’objet de conventions”. Pourtant le cabinet Isat, mandaté par le CSE, fait état de frais de service “rajoutant des tâches sans réelle plus-value autour des logiciels déjà nombreux, l’incompatibilité des nouvelles applications avec une partie des logiciels du portail GHM, la nécessité pour les salariés de compenser quotidiennement l’inadéquation entre les activités du GHM et les outils de la plate-forme Avec.”

Des frais de services sur-facturés donc, soupçonne le CSE, et qui ne seraient pas efficaces, voire délétères pour les salariés. Un groupe qui n’était pas le choix des praticiens, des usagers et des collectivités locales lors du rachat de la clinique en 2020. En effet, de nombreuses manifestations avaient alerté les pouvoirs publics. Et pourtant, c’est bien Doctegestio qui a gagné l’offre, promettant de garder tous les salariés. Cliniques, mais aussi services d’aide à la personne, immobilier, tourisme… le groupe réunit plus de 200 structures dans toute la France.

Une union de quartier et un collectif des usagers grenoblois dénoncent aujourd’hui les méthodes du groupe. Hervé, l’un de ses membres, le compare à un véritable système Madoff, impactant de nombreuses structures en France : “Son système c’est de ne pas détruire la structure de départ, mais de l’infiltrer, et de s’imposer lui et des cadres de son groupe, pour lui en être le président, et composer des nouveaux conseils d’administration, où il a toutes les mains libres.” Un montage complexe, d’après le collectif, pouvant avoir des conséquences désastreuses pour les structures. “S’il y a du gain, ça va dans sa poche, car grâce à ces fausses conventions, il arrive à amasser de l’argent. Mais s’il y a de la perte, la perte elle est pour la clinique du GHM, car le GHM ne lui appartient pas, comme les autres structures qui font partie de son groupe. Il en prend le pouvoir via des mutuelles à coquilles vides, et via des conseils d’administrations”, explique Jean-Philippe Moutarde, de l’Union de quartier. Et les habitants de l’Union quartier ne sont pas les seuls inquiets face à la gestion du groupe Avec. La commission médicale pointe aussi des fuites d’argent qui posent questions. Des prêts de trésorerie à hauteur de 6 millions d’euros, effectués en quelques mois, de la clinique vers la mutuelle Doctocare du groupe. 20:19 VINCIGUERRAAAAAAA Les colonnes de char ! Des questionnements adressés par la commission médicale dans ce courrier que nous nous sommes procurés : “La présidence de CME interpelle sur la pertinence et la soutenabilité financière pour l’UMG-GHM de cette nouvelle décision. A ce jour la trésorerie a été amputée de 6 millions d’euros en quelques mois. Ainsi nous contestons ces décisions et considérons que ces dernières peuvent mettre en jeu la survie de notre établissement.” Des inquiétudes que le Dr Albin, président de la commission médicale, veut nuancer aujourd’hui à notre micro. Pour lui la commission médicale reste un garde-fou assez fort, avec l’obtention de la modernisation du parc de radiothérapie notamment, des investissements pour les malades qu’il souhaite voir se pérenniser. Des conventions de prêts de trésorerie, toujours signées par la seule et même personne, M. Bensaid, dont le but est de financer d’autres structures de son groupe, via la trésorerie de la clinique.

Un non débat pour Yves Jégo : “Un établissement qui va bien prête de la trésorerie pour des établissements que nous reprenons ailleurs et qui vont mal. C’est comme ça qu’on les sauve, ça s’appelle la mutualisation. Tout ça est transparent, approuvé par les commissaires au compte, et par les conseils d’administrations.” Un conseil d’administration de la clinique qui lui aussi pose questions tant il est composé à l’unanimité de salariés du groupe Avec, ou des membres de la famille de M Bernard Bensaid. Une représentation non-démocratique d’après l’Union de quartier qui a aussi déposé un recours avec les syndicats et la mairie de Grenoble, pour non-respect du code de la mutualité. Leur but ? Faire nommer un administrateur provisoire pour mieux défendre les intérêts locaux du bassin grenoblois. Nous avons contacté l’agence régionale de santé Auvergne Rhône-Alpes, qui n’a pas souhaité nous répondre, ne se jugeant pas compétente concernant “la gestion, ni l'organisation interne, managériale, budgétaire de cet établissement privé à but non lucratif”.

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