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Si, en apparence, de nombreux dirigeants politiques et plusieurs capitaines d’industrie donnent l’impression d’avoir intégré “la règle verte”, un lent écocide se poursuit. Contre le greenwashing, Rémi-Kenzo Pagès enquête et décrypte.

Catastrophes écologiques : le silence complice des médias

Les catastrophes écologiques s'enchaînent. Canicules, sécheresses, incendies, ces dernières semaines l'actualité est jonchée de phénomènes dramatiques, conséquences directes du réchauffement climatique. Pourtant, les médias ne semblent toujours pas prendre la mesure du problème.

Des eaux enflammées dans le golfe du Mexique, une ville décimée par le feu au Canada, une sécheresse qui provoque une famine affectant plus de 1,35 millions de malgaches, des températures extrêmes (52° à l'ombre en Irak, 49,6 au Canada...), ces dernières semaines les scènes apocalyptiques se sont succédées. Toutes sont directement liées au réchauffement climatique. 

Pourtant la prise de conscience semble n'avoir toujours pas gagné les milieux politiques et médiatiques français. Ces derniers semblent plus intéressés par les provocations racistes et islamophobes, les choix vestimentaires des femmes et le type de gouache utilisé par une ONG pour repeindre la façade d'un magasin de luxe.

Samedi 3 juillet, l'organisation Attac, qui milite pour la justice fiscale et climatique, peint en noir les vitrines de La Samaritaine à Paris, provoquant une polémique médiatique. Dans la foulée, une série de tweets de responsables politiques condamne l'action qualifiée « d'acte de vandalisme » et des ministres choqués défilent devant les journalistes pour prendre la défense du groupe LVMH, propriétaire du grand magasin.

Par cet acte, Attac visait Bernard Arnault, troisième fortune mondiale, le patron de LVMH ( qui aurait gagné plus de 62 milliards d’euros pendant la crise). L'objectif est de dénoncer l'enrichissement des milliardaires et la responsabilité des multinationales dans un contexte climatique et social alarmant.

Plutôt que d'analyser les raisons de la colère, d'écouter les arguments de l'ONG, de débattre des problèmes structurels qui accentuent la crise, les politiciens préfèrent dénoncer un peu de peinture, et des méthodes qu'ils estiment illégales.  

Dans ce contexte, comment expliquer l'importance prise par les états d'âme de quelques ministres et par la défense en bloc d'un groupe considéré comme un fleuron national, spécialiste du greenwashing en réalité épinglé dans plusieurs scandales d'évasion fiscale ? Dans son communiqué, l'ONG explique que « Bernard Arnault, première fortune de France, a vu ses avoirs personnels augmenter de 62 milliards d’euros, ce qui représente bien plus que les dépenses des hôpitaux publics pour les salaires de ses 960 000 personnels soignants. (...) Il a été prouvé qu’il possédait personnellement 31 sociétés offshore au Luxembourg et que LVMH en détenait 24». 62 milliards d'euros... autant d'argent qui pourrait servir à la « transition écologique » selon Attac.

Les choix éditoriaux, la hiérarchie de l'information, interrogent. La couverture médiatique des derniers jours révèle les décalages entre les priorités des médias et celle de la planète. Alors que les rapports s'enchaînent, que le Haut Conseil pour le Climat juge insuffisante l'action climatique du gouvernement, qu'une décision du Conseil d'Etat ordonne au gouvernement de prendre des mesures supplémentaires, que les catastrophes écologiques nous alertent du pire à venir, les journalistes préfèrent demander aux ministres s'ils condamnent de la gouache sur une boutique de luxe.

État d'urgence

Si, en apparence, de nombreux dirigeants politiques et plusieurs capitaines d’industrie donnent l’impression d’avoir intégré “la règle verte”, un lent écocide se poursuit. Contre le greenwashing, Rémi-Kenzo Pagès enquête et décrypte.

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