Municipales: Comment l’IA pourrit la campagne
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L’intelligence artificielle, largement utilisée pour ces élections municipales par les candidats pour attaquer leurs adversaires, menace à terme la sincérité du scrutin.
Le député LFI Sébastien Delogu, un harceleur ? Pierre-Yves Bournazel, un candidat de droite prêt à transformer le musée Pompidou à Paris en refuge pour migrants ? Deux fake news qui ont visé ces deux élus aux municipales à Marseille et à Paris, et sur lesquelles planent des soupçons d’ingérence étrangère. Des opérations de désinformation pour lesquelles l’intelligence artificielle a été utilisée, selon Le Monde, qui a révélé les faits avant le premier tour des élections. Une information confirmée par Viginum, l'agence de l'Etat chargée de lutter contre les ingérences numériques.
Pour le meilleur mais surtout pour le pire, l’intelligence artificielle fait désormais partie des outils de campagne des maires et des candidats aux municipales. Principalement pour des raisons financières. « Le recours à l’IA réduit le coût de production des supports de campagne, leur permettant ainsi de mener des campagnes à grande échelle plus efficacement », affirme au Média Salvatore Romano, chercheur chez AI Forensics, une ONG européenne spécialisée dans le domaine des algorithmes. Ce que confirme le candidat de gauche d’une petite commune qui a recours à l’IA pour réaliser ses tracts électoraux. « C’est une solution bien pratique, j’ai pu créer un visuel très facilement », précise cet aspirant élu qui préfère garder l’anonymat car il « n’assume pas totalement » son usage. Mais l’intelligence artificielle peut aussi devenir un moyen pour attaquer ses adversaires. A Strasbourg, la candidate RN Virginie Joron expose sur ses réseaux une ville envahie par les poubelles pour viser le bilan de la maire sortant écolo Jeanne Barseghian. Problème, ce sont des images générées par l’IA. Devant le tollé, l’élue a fini par retirer sa vidéo, sans explications.
Au contraire, à Paris, la candidate Reconquête Sarah Knafo assume l’utilisation de l’IA jusqu’à l’écœurement. L’euro-députée d’extrême-droite, qui s’est désistée au profit de Rachida Dati avant le second tour, propose notamment dans son programme de rétablir la circulation sur la berge basse de la rive droite de la Seine, au centre de la capitale. Un non-sens architectural et écologique, à l’image de ses visuels de campagne, qui propose un Paris haussmannien fantasmé. « C’est artificiel, cela donne un sentiment de déjà-vu et d’absence d’authenticité », observe Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste en communication politique. Les partis politiques semblent encore à la traîne pour réguler l'utilisation de l'IA en leur sein. Mais le sujet est omniprésent dans les états-majors politiques. Au Parti socialiste, un dispositif a été mis en place pour parer aux éventuelles attaques par deepfake. « Nous avons prévu une conduite à tenir, détaille à Franceinfo Floran Vadillo, directeur général du parti à la rose, chargé de « saisir les autorités et déposer plainte auprès du parquet cyber ».
A Colombes ce 18 mars, le maire écolo Patrick Chaimovitch accuse la droite locale d’être à l’origine d’un « faux enregistrement audio », « construit avec l’IA » pour lui nuire avant le second tour, ce que ses rivaux démentent. A Guéret, dans la Creuse, des images générées par l’intelligence artificielles empoisonnent la campagne, visant plusieurs élus, dont la maire sortante, Marie-Françoise Fournier. Pour le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet, les municipales servent de crash test pour la prochaine présidentielle. « L'IA générative ne devrait pas être utilisée pour créer des images de personnalités publiques sans leur autorisation, mais c'est malheureusement devenu la norme », déplore le chercheur Salvatore Romano. Pour cet expert, « les vidéos produites à l’aide de l’IA deviennent de plus en plus difficiles à distinguer des vidéos réelles », ce qui ne peut que nuire au débat démocratique. De quoi bousculer les règles électorales conçues pour préserver l’intégrité des scrutins dans les prochaines années.
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