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Économie, international, technologies… Cette émission prend le risque du “pédagogisme” pour mieux aller au fond de sujets qui se caractérisent par leur complexité apparente mais qui constituent des enjeux prégnants de notre époque.

Alerte Coronavirus - Salariés en danger

Le coronavirus a déjà tué 674 personnes en France. 7 240 malades sont actuellement hospitalisés et 50 % des cas déclarés graves ont moins de 60 ans... Pourtant, certaines entreprises contraignent leurs salariés à travailler sur site, sans prise en compte des consignes sanitaires.

Ils travaillent à plusieurs dans le même endroit et parfois sans protection, malgré le risque de contagion pour eux-mêmes et pour leurs proches. Interrogé par Le Média, Romain Ung, représentant de SUD-PTT, nous explique la situation : 

« La distance-barrière n’est pas respectée dans les centres postaux. On a donné des masques aux agents et on leur demande de le garder plusieurs jours. Au niveau des protections individuelles, il n’y a vraiment rien. L’équipement de protection habituel dans les centres postaux, ce sont des gants en tissu, faits pour éviter les risques de pincement. Mais ils ne sont pas adaptés à la propagation et la prolifération des bactéries et des virus ».

Leur direction fait pression pour les dissuader de faire valoir leur droit de retrait. « Selon les centres de tri, on peut être 100, voire 200 personnes confinées au même endroit », précise Romain Ung. Les sous-traitants, qui représentent 80% des livreurs de colis en Île-de-France, sont les plus exposés aux risques de contamination. « Les sous-traitants qui sont sous la juridiction de La Poste en tant que donneur d’ordre n’ont aucun moyen de protection. Quand je vous dis aucun, c’est aucun », alerte le syndicaliste. 

Dans les entrepôts d’Amazon, la situation est identique, si ce n’est pire. Selon Jean-François Bérot, responsable du syndicat Sud Solidaires sur le site d’Amazon à Saran, près d’Orléans, ils peuvent être jusqu’à 600 personnes rassemblées dans le même entrepôt. Encore une fois, le matériel de protection individuel fait défaut.« On a des gants anti-coupure, des gants de travail, qui sont pas forcément étanches », s'inquiète-t-il.

Le cœur du problème, c’est l’application du droit de retrait. C’est ce qu’ont essayé de faire valoir les salariés de La Poste et d’Amazon, non sans mal.

« Sur Saran, sur la journée, on était à peu près 350 à débrayer. Entre autres pour réclamer la reconnaissance du droit de retrait. Amazon va le contester. Il faudra aller au tribunal pour le faire valider », explique Jean-François Bérot. Pour contrer le mouvement de grève qui a eu lieu sur le site Amazon de Saran, la direction n’a pas hésité à faire appel à d'autres travailleurs. « Lundi et mardi, ils ont recruté des intérimaires, pour soi-disant remplacer nos absences. Il y a un afflux de commandes exceptionnel pour la saison. Moi, ce que j’en dis, c’est que personne ne va mourir s’il n’a eu pas son colis demain », conclut le syndicaliste.

Même son de cloche du côté de La Poste. « Dans plusieurs centres en Île-de-France, on a exercé des pressions sur eux, en leur disant que ce n’était pas un droit de retrait, qu’ils ne seraient pas payés, que c’était une grève ou une absence irrégulière. Les CHSCT ont pourtant émis des alertes de danger grave et imminent », explique Romain Ung 

Le droit de retrait n'est pas contestable

Selon un fonctionnaire du ministère du Travail, que nous avons interrogé et qui souhaite conserver l'anonymat, le droit de retrait s’applique à une très grande partie des travailleurs. Il exhorte les salariés à faire valoir ce droit. Selon lui, le motif de danger grave et imminent est vérifié. Et les employeurs ne sont pas en droit de l’interdire ou de le sanctionner :

« Le droit de retrait est défini à l’article 4131-1 du Code du travail. Dans l’article, il est dit : « Le travailleur prévient l’employeur de toute situation dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que toute défectuosité qu’il constate dans les systèmes de protection ». Cela veut dire que si les équipements de protections individuels ne sont pas distribués - je pense à des masques, aux gants, à la distanciation sociale -, le motif raisonnable de penser qu’il y a un danger grave et imminent s'exerce, selon moi ».

Selon le même fonctionnaire, l’employeur ne peut demander au travailleur qui a fait usage de son droit de retrait de reprendre son activité dans une situation de travail où persiste un danger grave et imminent.  Il ne peut pas y avoir de retenue sur salaire à l'exception d’un exercice illégitime du droit de retrait. « Mais vu la situation dans laquelle on est, j’imagine mal les juges estimer qu’il n’y a pas un motif raisonnable. Ce n’est pas à Madame Pénicaud de dire si on peut faire exercice de son droit de retrait ou pas. C’est le juge qui décidera si l’exercice est légitime ou non », conclut-t-il.

La Poste a fermé la plupart de ses services ce week-end et Amazon ne devrait plus livrer les produits déclarés « non-essentiels ». Ce qui ne veut pas dire que l’activité cessera pour autant. La plupart des salariés continueront d’être exposés à une épidémie qui gagne du terrain chaque jour. Si Bruno Le Maire a appelé les Français à aller au travail, le personnel hospitalier met en garde. Il réclame le confinement total, et l'arrêt de toutes les activités « non-essentielles » à la survie de la nation.

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