« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître.
"Action psychologique" pendant la Guerre d'Algérie : le "5e bureau" de l'armée française et la "guerre révolutionnaire" | Denis Leroux
"L'action psychologique", le "5e bureau" de l'armée française, la guerre contre-insurrectionnelle et "révolutionnaire" : ces aspects de la Guerre d'Algérie, souvent mentionnés mais encore mal connus, ont fait l'objet d'un livre récemment publié par l'invité de cet épisode de La grande H, Denis Leroux.
Face à l'insurrection lancée fin 1954 par le Front de libération nationale (FLN), une partie de l'armée française a voulu jouer une " révolution contre une révolution ". Au sein du fameux 5e bureau, des officiers on tenté de mettre en oeuvre la contre-insurrection. Leur arme : la guerre psychologique. Leur objectif : conquérir la population algérienne et garder l'Algérie française.
En s'appuyant sur une riche documentation d'archive, Denis Leroux ausculte la radicalisation progressive de ces hommes, qui pensent être les artisans d'une vraie révolution. Pour eux, l'armée doit imiter ses adversaires et développer contre eux une action politique pour la construction d'une " Algérie nouvelle ". Il s'agit d'intégrer les Algériens dans le corps politique français en les mobilisant contre le FLN. Quitte à employer des moyens dictatoriaux et même à s'opposer aux institutions légales si celles-ci mettent en péril la nation française.
Anticommunistes virulents, ces officiers justifient les méthodes de l'armée par une vision apocalyptique : la France est, selon eux, impliquée en Algérie dans un conflit existentiel opposant l'Occident au bloc soviétique. Promoteurs de la " révolution du 13 mai ", ils jouent un rôle déterminant dans le coup d'État qui permet au général de Gaulle de revenir au pouvoir en 1958. Mais, parce qu'il s'oppose bientôt à la politique du nouveau chef de l'État, le 5e bureau est dissous en février 1960, après la Semaine des barricades.
Cette expérience politique de l'armée laisse cependant une marque aussi profonde que sous-estimée dans la vie politique française. Le savoir faire des militaires français en matière de "guerre révolutionnaire" va vite s'exporter, en particulier auprès des dictatures soutenues par les Etats-Unis en Amérique latine pour y empêcher les régimes de gauche. Dans l'Afrique post-coloniale aussi, les dictateurs soutenus par France vont bénéficier de l'expérience militaire algérienne, y compris le régime génocidaire au Rwanda.
Montage Bérénice Sevestre. Une émission de Julien Théry.
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