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On s'autorise à penser

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Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuels, penseurs et acteurs des luttes sociales dissidents et/ou invisibilisés.

Désubériser : face au nouvel esclavage des plateformes numériques

Uber, Deliveroo, Uber Eats, Motocab... voilà seulement quelques-uns, parmi les plus connus, des noms de ces applications ou plateformes numériques de plus en plus nombreuses qui, depuis une dizaine d'années, ont commencé à changer en profondeur les conditions sociales et juridiques du travail dans des secteurs de plus en plus vastes de l'économie.

Désubériser : face au nouvel esclavage des plateformes numérique

Julien Théry a reçu deux des auteurs d'un ouvrage intitulé Désubériser, reprendre le contrôle (éditions du Faubourg), qui fait le point sur les changements majeurs survenus sur le marché du travail, analyse non seulement les effets délétères, mais aussi certaines conséquences positives pour les travailleurs concernés, et surtout suggère les aménagements nécessaires pour adapter le droit du travail aux nouvelles conditions créées par cette "plateformisation" des services et de l'emploi.

Florian Forestier, philosophe et membre du collectif de réflexion « Le plus important », a dirigé le livre. Il analyse d'abord la façon dont les algorithmes qui structurent le fonctionnement des plateformes créent une forme d'intermédiation entièrement nouvelle entre employeur et employés. L'autorité exercée par l'algorithme, le type de domination et de subordination qu'il entraîne passent par l'isolement du travailleur individuel, lequel se retrouve incapable de négocier le prix de sa prestation et hors d'état de s'agréger à d'autres pour la défense de ses intérêts. Les effets de la grande offensive néolibérale lancée depuis les années 1980 contre les structures collectives de protection et de défense des salariés sont ainsi fortement accentués. Et la spécificité du travail comme inassimilable à une marchandise, parce qu'impliquant une subordination humaine, n'a pas seulement été attaquée en France par les lois « travail » imposées par les gouvernement Hollande en 2016 et Macron en 2017 : elle est aussi remise en cause par l'« ubérisation ». Cette dernière ne concerne pas seulement des métiers de type livraison ou VTC (« véhicule de tourisme avec chauffeur »). De plus en plus, des plateformes comme Talent aux États-Unis mettent en concurrence des experts ou des équipes hautements qualifiés pour des rémunérations à la tâche dans toute sorte de domaines spécialisés.

Désubériser : face au nouvel esclavage des plateformes numérique

Franck Bonot, le deuxième invité, est consultant en relations sociales. Il a accompagné la création de collectifs de livreurs « ubérisés » et peut ainsi donner un point de vue de terrain sur l'urgence de la construction d'un « droit de l'algorithme ». Il insiste sur la nécessité d'élaborer un cadre réglementaire plus précis pour régir, sur toute une série de points, les relations entre les plateformes et les individus qu'elles font travailler, par exemple pour imposer une prise en compte, dans les prix pratiqués, des surcroîts de pénibilité de la livraison ou du transport liés aux intempéries. Surtout, la législation européenne, en considérant les travailleurs des plateformes comme des entreprises autonomes, leur interdit toute entente collective (considérée comme un « cartel » préjudiciable à la concurrence « libre et non faussée »). Autrement dit, toute défense de type syndical est a priori prohibée... Autre question fondamentale : le statut de « micro-entrepreneur » soustrait les travailleurs à tout régime obligatoire de cotisation pour la retraite, alors que le montant de leurs revenus ne leur permet pas le plus souvent de souscrire à un régime privé, ce qui les voue à une vieillesse dans la pauvreté... Immense, le champ de la « désubérisation » représente un enjeu socio-économique majeur pour l'avenir. •••

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