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Henri Sterdyniak, signataire du manifeste des économistes atterrés, dissèque les choix économiques des gouvernants, débusque la propagande néolibérale et dévoile la logique prédatrice des multinationales.

Crise du Covid-19 : Un prétexte honteux pour continuer l'austérité en Europe

Tous les pays d’Europe ont été frappés par le Coronavirus, mais à des niveaux différents. Par million d’habitants, il y a eu 810 morts en Belgique, 630 en Espagne, 550 en Italie, 430 en France, mais seulement 100 en Allemagne, et 30 dans les pays de l’Est ou en Grèce. Tous les pays ont pris, plus ou moins rapidement, des mesures de confinement, pour des périodes de l’ordre de 3 mois. Ce qui devrait entrainer une perte de PIB de l’ordre de 10 % en 2020. Les pays ont pris des mesures de soutien à leur population et à leurs entreprises, de sorte que leurs déficits budgétaires se creuseraient d’environ 8 points de PIB. L’Allemagne en particulier a oublié son dogme de l’équilibre budgétaire pour aider massivement ses entreprises. La plupart des pays ont pu s’endetter à des taux d’intérêt nuls, négatifs pour l’Allemagne, mais les marchés financiers ont imposé des taux plus élevés de 2 points à l’Italie, en spéculant sur une crise qui aboutirait à sa sortie de la zone euro. La crise risque donc d’accentuer les divergences dans la zone euro.

La crise a été gérée dans le cadre national. Seuls, les gouvernements nationaux ont la vitesse de réaction nécessaire et ont la légitimité démocratique pour imposer des mesures fortes à leur population. Jusqu’à présent l’Europe a surtout joué la mouche du coche.

Après une période d’hésitation, la BCE s’est décidé à soutenir plus fortement les pays fragiles, l’Italie et la Grèce. Elle a augmenté massivement son soutien aux banques, sans leur demander de se soucier de transition énergétique ou d’emploi, de sorte que son action profite massivement aux marchés financiers.

L’Europe n’a pas de responsabilité en matière de santé publique, qui reste un domaine national, mais, depuis 2011, la Commission européenne demande aux États de réduire leurs dépenses publiques de santé ; son refus de toute politique industrielle a abouti à la délocalisation des entreprises de produits pharmaceutiques et médicaux.

Début mars, la Commission a autorisé les pays à aider leurs entreprises ; elle suspendu le Pacte de Stabilité, qui interdisait aux pays d’augmenter leur déficit public. Heureusement, les pays n’avaient pas attendu son autorisation.

La Commission prétend avoir dégagé 540 milliards d’euro pour aider les pays membres. 100 milliards pourraient être prêtés aux pays, qui le demandent, pour financer leurs programmes de chômage partiel ; 240 milliards pourraient être prêtés aux pays demandeurs pour les aider à financer les dépenses supplémentaires liés au Coronavirus, mais les pays devront justifier de leurs dépenses ; enfin, la Banque Européenne d’Investissement pourrait prêter 200 milliards supplémentaires aux entreprises. Rien ne prouve que ces prêts seront effectivement demandés, ni qu’ils financeront bien des dépenses supplémentaires.

Trois points de vue se sont affrontés en Europe. Les pays du Sud (l’Italie, l’Espagne, la Grèce) soutenus par la France demandent des mesures de solidarité, passant pas des subventions et non par des prêts, dans la mesure où ils ont été frappés particulièrement par la crise des migrants, puis par la crise sanitaire. Les pays du Nord (les radins, Autriche, Danemark, Suède, Pays-Bas) refusent toute hausse des transferts ; ils accusent les pays du Sud d’être responsable de leur mauvaise situation financière. Enfin, la Commission espère profiter de la crise pour augmenter le caractère fédéraliste de l’Europe. Consciente des risques que la situation faisait courir à la zone euro (dont elle est la grande bénéficiaire), l’Allemagne s’est rallié à la position française.

La Commission a donc proposé un plan d’aide à la relance économique de 750 milliards dans les 3 années à venir, soit 500 milliards de subventions et 250 milliards de prêts. Ce n’est quand même que 2% du PIB par an. La Commission empruntera ces 750 milliards, alors que jusqu’à présent son budget était équilibré. Les 500 milliards seront remboursés par de nouvelles ressources (taxe sur le plastique à usage unique, taxe sur les grandes entreprises, taxe GAFA, taxe carbone, taxe d’ajustement aux frontières).
Ainsi, la Commission augmenterait sa capacité de lever des ressources au détriment des États-membres. Les critères d’attribution des fonds restent flous : il s’agit d’aider les pays les plus touchés par la pandémie, d’aider à la transition écologique, mais aussi à la transition numérique (ce qui est contradictoire, si on pense au 5G ou à l’intelligence artificielle). Les pays aidés devront présenter des plans d’investissement et de réformes que la Commission devra approuver. Le risque existe que ces aides soient conditionnées à des réformes structurelles ou à des politiques de compétitivité, donc à la stagnation des salaires et la baisse des dépenses sociales. Le risque est aussi que la Commission subventionne de grandes entreprises tout en exigeant, dès 2022, que les pays se lancent dans des politiques d’austérité alors que la plupart seront en situation de chômage de masse.

La crise du coronavirus n’est pas un accident isolé. C’un élément d’une crise écologique plus générale, qui s’inscrit dans une crise sociale et économique, qui frappe les pays capitalistes développés. Elle révèle la nécessité urgente d’un tournant vers une société sobre, solidaire. La réponse de l’Union européenne n’est pas à la hauteur de cette exigence.

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