Rima Hassan : derrière l’affaire de la garde à vue, une mise sous pression politique et médiatique
Auteur et journaliste spécialisé sur les questions internationales et de droits humains dans le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord..
Mise en garde à vue le 2 avril pour un tweet, salie par une presse relayant des fausses allégations de drogue, convoquée une énième fois le lendemain, l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan incarne, dans sa persécution même, tout ce que la République française préfère ne pas entendre sur Gaza
Rima Hassan a été placée en garde à vue le jeudi 2 avril 2026 pour « apologie du terrorisme commise en ligne », au motif d'un tweet citant Kozo Okamoto, révolutionnaire japonais impliqué dans l'attentat de Tel-Aviv de 1972. Elle a été relâchée le soir même et convoquée pour être jugée le 7 juillet. Pendant toute la durée de sa garde à vue, une campagne médiatique s'est déployée sur la base de fuites policières illégales, l'accusant à tort de détention de drogues alors qu'elle ne portait que du CBD légalement acheté en Belgique, comme l'ont confirmé son avocat et un test urinaire.
Dans ses 48h, un moment précis de surenchère médiatique est à relever : celui où la cible ne peut se défendre. Ce jeudi 2 avril, Rima Hassan est sortie des locaux de la police judiciaire sans faire de déclarations à la presse. Elle avait annoncé une conférence pour le lendemain. Ce délai, de la garde à vue et des quelques heures avant la conférence ont suffi pour que la machine médiatique s'emballe. Le but de cette campagne médiatique, mais aussi du harcèlement judiciaire subi par l'eurodéputée franco-palestinienne, est intrinsèquement politique : le silence de Rima Hassan.
L'affaire d'un tweet
Tout commence le 26 mars, lorsque Rima Hassan publie sur X une citation de Kozo Okamoto : « J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. » Le tweet est accompagné d'un drapeau japonais et d'un drapeau palestinien. Okamoto est l'un des auteurs du massacre perpétré à l'aéroport de Tel-Aviv en 1972 au nom du Front populaire de libération de la Palestine, un attentat qui a tué vingt-six personnes. Rima Hassan a supprimé le tweet par « volonté d'apaisement », selon son avocat. Le parquet le sait avant même le début de la garde à vue. Qu'importe : une enquête de flagrance est ouverte le 27 mars. Ce mécanisme juridique particulier, qui suppose un acte délictueux en train de se commettre ou venant tout juste de l'être, permet de contourner l'immunité parlementaire sans avoir à solliciter la levée formelle de celle-ci auprès du Parlement européen. « La procédure de flagrance a été construite de toutes pièces afin de faire échec à l'application de l'immunité parlementaire. Personne n'est dupe du caractère politique de cette affaire. » explique Vincent Brengrath, avocat de Rima Hassan, lors d'une conférence de presse.
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Je m'abonne et je soutiens la presse indépendanteThibaud MORITZ / AFP