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Canicule : au sénat, la guerre des clims

Par Nils Wilcke

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Tandis que les sénateurs profitent de la climatisation, leurs collaborateurs et les agents du Sénat tentent de supporter la chaleur malgré des conditions de travail dégradées.

Les députés et les sénateurs ne sont pas égaux face à la canicule. Tandis que les premiers ont décidé de faire tomber la veste, une mesure votée en conférence des présidents à l’Assemblée mardi matin, les seconds n'ont « rien changé » au strict code vestimentaires en vigueur, y compris dans l’hémicycle du Sénat, malgré la chaleur extreme qui fait suffoquer le pays. Illustration de ce décalage avec une majorité de Français ce mercredi 24 juin, alors que le thermomètre affiche 40°C à Paris, Gérard Larcher préside comme de coutume la séance de questions au gouvernement. Imperturbable en apparence, le président du Sénat porte son impeccable costume, tout en écoutant ses collègues interpeller le gouvernement sur la crise climatique. « La température dans l’hémicycle est convenable », avance la sénatrice écolo Raymonde Poncet-Monge.

« Au Sénat, c’est d’abord le standing et la sécurité ensuite »
Un collaborateur parlementaire

Faudrait-il modifier le règlement pour permettre aux sénateurs de tomber eux aussi la veste en cas de fortes chaleurs? « Je n’ai pas osé me mettre en chemise en séance », confesse de son côté le sénateur communiste de Paris Ian Brossat. « Il fait 27°C sous la coupole et 32°C dans mon bureau », affirme son collègue Pierre Ouzoulias, photo à l'appui qui précise qu’il a refusé la clim portable qui lui a été proposée. L’élu est aussi le vice-président de l’AGAS, l’association de gestion des assistants du Sénat. 

« Au Sénat, c’est d’abord le standing et la sécurité ensuite », soupire un collaborateur parlementaire qui, comme les autres, s’exprime sous le sceau de l’anonymat

Leurs collaborateurs parlementaires doivent se contenter « de ventilateurs qui brassent de l’air chaud »

Ces derniers se sentent négligés en cette période de chaleur. La gestion de la canicule s’est invitée à la table du déjeuner au self service de l’institution, entre les agents et les collaborateurs parlementaires, qui accusent la fatigue par rapport à leurs sénateurs de patrons, dorlotés par l’administration. « J’ai la clim, je suis chanceuse », reconnaît la sénatrice écolo Raymonde Poncet-Monge. L’élue du Rhône s’est réfugiée dans son « bureau-chambre », situé rue Bonaparte, à deux pas du Sénat et réservé aux sénateurs de province. « Il y a aussi des salles qui ont été ouvertes aux collaborateurs », croit savoir la sénatrice.

En effet, l’AGAS a envoyé des recommandations classiques par mail aux collaborateurs, et la direction de l’accueil et de la sécurité du Sénat a mis plusieurs salles de réunion climatisées, dévolues aux réunions de groupe et aux colloques, a disposition des petites mains des sénateurs. Sauf qu’elles ne sont pas ouverts en continu, les obligeant à faire des allers-retours. « C’est usant, confie le collaborateur d’un sénateur LR. Heureusement, le travail parlementaire fonctionne au ralenti ». Le sénateur communiste Ian Brossat a permis à son assistante de faire du télétravail, mais celle de sa collègue Raymonde Poncet-Monge, préfère, selon elle, « travailler depuis une salle climatisée sur place ».

Il y a bien de petits climatiseurs mobiles mais ils sont une denrée rare, réservés aux sénateurs, et encore… « Ce sont surtout les vice-présidents qui les monopolisent », s’agace une source parlementaire. Selon nos informations, plusieurs appareils sont manquants, car leurs éminents utilisateurs ne les ont pas rendus comme ils en avaient pourtant l’obligation. Leurs collaborateurs bien moins lotis doivent se contenter « de ventilateurs qui brassent de l’air chaud », déclarent plusieurs d’entre eux, à gauche comme à droite, sollicités par le Média.  

« Le palais du Luxembourg, ce n’est pas les mines de sel » 
Un membre du bureau du Sénat

De (coûteux) travaux ont bien été entrepris ces dernières années, dans les annexes du Sénat mais « il est délicat de toucher à un monument classé aux monuments historiques », reconnaît-on du côté de l’institution. « Il faut concentrer les moyens sur la rénovation énergétique du bâti », observe Raymonde Poncet-Monge, qui quittera le Sénat après les sénatoriales en septembre. En 2024, les anciennes toitures en ardoises ont été remplacées et dotées d’une isolation performante, tout comme certaines vitres, dotées désormais d’un double vitrage isolant. « Le Parlement doit pouvoir siéger dans de bonnes conditions, il en va de la bonne santé de la démocratie », affirme un membre du bureau du Sénat, qui a lui-même « mis la main » sur l’une des petites clim si convoitées.  

Le sénateur PCF Ian Brossat, lui, « plaint » surtout « les huissiers » du Sénat. Ces agents, jouent le rôle de messager et sont chargés de faire respecter le protocole et le règlement dans l’hémicycle. Engoncé dans leur costume noir et blanc, avec leur fameuse chaîne symbole de leurs fonctions, obligés de jouer les plantons, ils souffrent de la chaleur extrême qui s’est abattue sur le pays. Il n’est pas rare de voir des fonctionnaires déjeuner discrètement sur le pouce d’une salade dans une salle de réunion climatisée. « C’est compliqué pour les agents », admet une huile du Sénat, tout en relativisant. « Le palais du Luxembourg, ce n’est pas les mines de sel ». Les concernés apprécieront.

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