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Enquête : votre Champagne est-il issu de la traite d’êtres humains ?

Par Simon Mauvieux et Maïa Courtois

Retrouvez les contenus de ces auteurs : page de Simon Mauvieux et page de Maïa Courtois.

Le 21 juillet dernier trois personnes ont été condamnées à de la prison ferme pour avoir exploiter 47 travailleurs, la plupart sans-papiers dans des conditions indignes. Une affaire emblématique et loin d'être isolée, de la traite d'êtres humains dans le luxueux milieu du Champagne. Enquête.

"Ils nous ont bien eu", ressasse Djakariyaou.K, dans un soupir, plusieurs mois après ce qu’il qualifie de sa “pire expérience de travail”. Ce Malien de 44 ans rencontré à Paris a été exploité avec une cinquantaine d'autres travailleurs lors des vendanges 2023 du produit de luxe par excellence : le champagne. Il fait partie des 47 plaignants, sur les 57 victimes recensées par la gendarmerie nationale, dans une affaire de traite d'être humain. Le dossier d'instruction, que Le Média a pu consulter, est accablant.

Tous les plaignants dénoncent les conditions d'hébergement indignes, le manque d’eau et de nourriture, le non-paiement de leurs heures de travail, mais aussi des pressions et violences verbales lors de journées de travail harassantes. Trois personnes - une prestataire de main-d'œuvre et ses deux hommes de main - ont comparu au tribunal de Châlons-en-Champagne le 19 juin dernier pour traite d’êtres humains, caractérisée par la soumission de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions d’hébergement indignes et à une rétribution insuffisante ou inexistante.

Svetlana Goumina, à la tête de sa société prestataire, a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux avec sursis et 20 000 euros d’amende. Ses deux hommes de main, Témuri Muradian et Abdoulaye amara  jugés pour le recrutement des vendeurs, ont été condamnés à trois ans de prison dont un ferme pour le premier et deux ans de prison dont un ferme pour le second. Si la condamnation bouscule un puissant milieu soucieux de son image de luxe, pour les victimes, “cela ne changera rien à ce qu’ils nous ont fait. Nous, on restera avec ces cicatrices”, confie Boureima Kanoute, un Malien de 32 ans qui reste “traumatisé” par ce qui lui est arrivé.

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