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Décoloniser Alain Brossat : Hong Kong et l'anti-impérialisme de façade

Par Filippo Ortona

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Peut-on réduire le mouvement hongkongais à l'agitation de jeunes privilégiés qui "veulent que leur ville soit une enclave du monde libre" ? Dans ce billet, notre journaliste Filippo Ortona répond au philosophe Alain Brossat.

Dans une longue interview parue sur le site ACTA, le philosophe Alain Brossat s’étend sur le mouvement hongkongais, qu’il qualifie de “restaurationniste (de l’ordre colonial, impérial), pro-occidental et entièrement réactionnaire”. Y voir autre chose relèverait du “Chinabashing indiscriminé” dicté par “la pensée blanco-occidentalocentrique”, voire par l’emprise idéologique de l’impérialisme américain.

Ayant couvert le mouvement hongkongais depuis 2014, je me sens quelque peu mis en cause. C’est effectivement l’un des mouvements sociaux les plus complexes et contradictoires qu’il m’a été donné de voir de près. Il est également vrai - comme le souligne Brossat - que les médias occidentaux n’ont eu de cesse de dresser ses louanges, ce qui a contribué à en éclipser ses diverses facettes. 

Du moins, je me sentirais mis en cause, si Alain Brossat ne démontrait pas une profonde ignorance de tout ce qui est relatif au Hong Kong post-handover, celui d’après 1997, date de la rétrocession à la Chine. 

Il s’agit là d’une ignorance revendiquée : “Je ne m’aventurerais pas à proposer une analyse en bonne et due forme (sociologique) de la composition de classe du mouvement de Hong Kong – cela dépasse mes compétences”. Mais le voilà qui s’y aventure quand même. Car au fond, s’il ne montre aucun intérêt envers celles et ceux qui vivent et animent ce mouvement, il a visiblement une haute opinion de sa pensée.  

Le résultat est un exemple cristallin de cette mentalité “blanco-occidentalocentrique” qui entend exercer un droit de validation pour toute révolte, partout dans le monde. C’est une attitude qui balaie d’un revers de la main toute distance géographique, culturelle, historique ou linguistique. Les révolutions se présentent pourtant rarement dans les formes qu’on aimerait qu’elles prennent - ce qu’Alain Brossat semble oublier, malgré son passé militant dans la gauche révolutionnaire française. 

Ainsi, dépassant ses “compétences”, Brossat affirme que “du point de vue des modes d’apparition, des slogans, des gestes, des usages linguistiques, des références culturelles, de l’occupation de l’espace (la prédilection pour les malls…), tout ceci ne sent pas particulièrement ni la plèbe, ni même le populaire…

Voilà le marxisme scientifique qui cède le pas à l’odorat et à la vue. Au lieu de questionner ces “signes”, de les envisager au sein d’un contexte plus complexe, le philosophe se limite à dire que cela ne “sent” pas le prolo. Car on sait bien qu’un prolo n'envisage pas de protester dans un centre commercial : ça ne peut être qu’une forme de corruption bourgeoise. Heureusement que Brossat, lui, sait bien ce qu’est “la plèbe”, et qu’il est là pour nous l’apprendre. 

Au delà d’un certain mépris de classe, ce raisonnement suinte une véritable ignorance de ce qu’est Hong Kong. Prenons les malls : ils sont occupés parce que la géographie de la ville en fait des lieux stratégiques. Les autorités ayant pris l’habitude de fermer les transports suite aux affrontements, ce sont des endroits difficiles à fermer par la police. Il est facile de s'y rassembler, d’apparaître et de disparaître à l’improviste dans la foule, et l’utilisation de gaz de la part des forces de l’ordre y est plus compliquée.  

Décoloniser Alain Brossat : Hong Kong et l'anti-impérialisme de façade
Hong Kong, le 1er juillet 2020. Crédits : Vanesse Chan.

Son “analyse de classe” puise dans ce même registre désinformé. “Le gros du mouvement, écrit-il, c’est une jeunesse scolarisée [...] née aux alentours de la rétrocession ou après, dépourvue de tout enracinement historique, grandie hors-sol dans la bulle de l’île et des nouveaux territoires [...] La liberté qu’ils revendiquent n’a rien à voir avec l’autonomie et tout avec la mentalité de camp – ils veulent que leur île soit une enclave du « monde libre » en version Trump [...] C’est la raison pour laquelle ils sont passés subrepticement de « démocratie-liberté » à « Independence for Hong Kong »”. 

En gros, pour Brossat, les manifestants sont de jeunes bourgeois, ignorants, fils-à-papa, qui ont “grandi hors-sol” dans une bulle privilégiée et, de surcroît, sectaires. Brossat attribue peut-être les expériences de sa propre jeunesse à des gens avec qui, visiblement, il n’a jamais échangé un mot.  

Si les étudiants sont une partie importante du mouvement hongkongais, ils n’en sont pas la seule. Le mouvement pro-démocratie de 2019 a été massif, et de nombreux secteurs de la ville s’y sont retrouvés impliqués : les travailleuses du sexe, les femmes de ménage des quartiers populaires, les domestiques philippines, les immigrés de la communauté musulmane locale... Toutes ces strates ont interagi avec le mouvement, souvent à partir de l’oppression spécifique qu’ils et elles subissent de la part de la police.  

“Il n’y a pas d’analogie confortable avec la politique occidentale dans le cadre du mouvement hongkongais. Beaucoup de clichés et associations binaires que les Occidentaux prennent pour établis - Est vs Ouest, gauche vs droite, capitalisme vs socialisme, colonialisme vs globalisation - existent tous ensemble à Hong Kong” - Wilfred Chan, revue Lausan.

Comme Brossat le relève avec justesse, les mouvements sociaux et syndicaux hongkongais ont une longue histoire, qui traverse la période coloniale anglaise et ne s’arrête pas avec le handover : les mobilisations contre le WTO en 2005, les célébrations annuelles de Tiananmen, la grève des dockers de 2013

Les réseaux militants, associatifs et syndicaux y sont très développés, et ce sont ces mêmes réseaux qui, depuis des décennies, luttent pour obtenir plus de démocratie. Ce n’est pas une revendication anodine, là où la démocratie formelle et institutionnelle n’existe pas. Réduire cet ensemble à une masse qui ne “sent” pas le prolétariat parce qu’il y aurait des étudiants (qui vont dans des malls !), ça sent fort la bêtise. Tout comme sous-entendre qu’il n’y aurait pas d’étudiants pauvres à Hong Kong, ce qui est tout simplement faux, malgré un contexte très inégalitaire de base.

Comme l’a efficacement résumé Wilfred Chan, l’un des fondateurs de la revue de gauche hongkongaise Lausan, “il n’y a pas d’analogie confortable avec la politique occidentale dans le cadre du mouvement hongkongais. Beaucoup de clichés et associations binaires que les Occidentaux prennent pour établis - Est vs Ouest, gauche vs droite, capitalisme vs socialisme, colonialisme vs globalisation - existent tous ensemble à Hong Kong”, s'entrelacent de façon complexe et ne peuvent être réduits à une opposition binaire.  

Le mouvement hongkongais existe dans et par ce processus ambigu. Sa démarche est aussi anticolonialiste, sans s’y résumer. Elle naît en opposition au colonialisme anglais et à son ordre politico-institutionnel - un ordre qui n’a pas été démantelé par Pékin après le handover, bien au contraire.  

L’actualité en donne une preuve supplémentaire : la National security law (loi de sécurité nationale), littéralement imposée par Pékin, reprend à son compte le modèle de domination policière propre à ce passé qu’on croyait désormais lointain.  

Tout d’abord, cette loi établit un mystérieux National security office, qui a le dernier mot dans l’application des peines, et qui n’est pas soumis à la loi hongkongaise mais répond seulement au gouvernement chinois. Ensuite, les définitions des délits introduits - sécessionnisme, atteinte à la sécurité nationale… - brassent extrêmement large, ce qui laisse une énorme marge de manœuvre aux juges, qui seront nommés directement par le gouverneur de Hong Kong (lui-même nommé par Pékin), et qui décideront des peines dans des procès à huis-clos.

Au prétexte de la sécurité nationale, on met donc en prison des gens, mais on muselle également toute parole qui déplaît au pouvoir. Des slogans, des posts sur les réseaux et des banderoles ont suffi à justifier les premières arrestations sous la National security law, fraîchement appliquée lors de la traditionnelle marche du 1er juillet, date de la commémoration de Tiananmen. Elle était interdite pour la première fois dans l’histoire - officiellement à cause de l’épidémie de Covid 19. Xi Jingping et Didier Lallement, même combat.

Pour saisir l’ampleur de ce trip sécuritaire démesuré, il suffit de citer l’article 38 : pourront être jugées les violations à la sécurité nationale commises non seulement à Hong Kong, mais également à l’étranger, y compris par des citoyens étrangers.  

Le parcours de cette loi n’a rien à envier aux pratiques du Commonwealth colonial : sauf une poignée de dignitaires, personne n’a pu voir le texte, qui n’a été rendu public qu’une fois approuvé et entré en vigueur.  

Les tenants d'un certain anti-impérialisme opposent souvent le caractère d’enfer ultra-capitaliste propre à Hong Kong et la politique du Parti Communiste Chinois. Mais il n’y a point d’opposition : Hong Kong est l’un des endroits les plus inégalitaires de la planète, mi-paradis fiscal, mi-rêve humide de trader. Cet ordre socio-économique a été rendu possible par la domination anglaise, mais a été volontiers entretenu par le Parti Communiste, qui n’a jusqu’à présent montré aucune intention de s’y attaquer, bien au contraire. On est là dans une continuité, et pas dans une rupture, avec l’ordre colonial - du point de vue de la répression policière comme des politiques sociales et économiques.

Décoloniser Alain Brossat : Hong Kong et l'anti-impérialisme de façade
Hong Kong, le 1er juillet 2020. Crédits : Vanesse Chan.

À ces complexités, Brossat oppose un savoir mal éclairé. Prétentieux, même : on dirait qu’il connaît mieux que les Hongkongais l’objet de leur colère. Eux, pions de l’impérialisme occidental, ne savent pas que “la liberté qu’ils revendiquent n’a rien à voir avec l’autonomie”, mais le philosophe, lui, sait.  

Cette mauvaise perspective est patente dans l’analyse du passage “de « démocratie-liberté » à « Independence for Hong Kong »”. Brossat prétend que ce changement de cap se serait produit de façon “subreptice”, telle une stratégie subversive digne des pires opérations de regime change (1). Une telle conception des choses n’est possible que lorsqu'on envisage le mouvement hongkongais comme un monolithe sans tensions internes, ce qui est loin de la réalité.  

En réalité, cette évolution revendicative de la démocratie à l'indépendance n’a rien de “subreptice”, au contraire : cela s’est produit au fil des années et à la lumière du jour. On a été parmi les premiers à en parler ici sur Le Média. C’est un passage clé, qu’il faut comprendre à tout prix si on veut savoir ce qui se passe là-bas - ce qui ne semble pas être l’intention de Brossat.

Lors de mon premier passage à Hong Kong, en 2014, les groupes “nativistes”, qui prônaient déjà l’indépendance de l’ancienne colonie, n’étaient que des groupuscules minoritaires. Leurs leaders étaient regardés avec méfiance, car à l’époque le mouvement pro-démocratie était axé sur la désobéissance civile et sur l’espoir que les institutions locales, hongkongaises et chinoises, puissent agir en médiatrices entre la rue et Pékin.  

Le mouvement Black Lives Matter a ouvert un débat important au sein du mouvement hongkongais, en soulignant - à travers les violences policières - les points communs entre le trumpisme et l’autoritarisme chinois. L’affinité cultivée par certains nativistes vis-à-vis du trumpisme s’y est beaucoup affaiblie.

C’est précisément la faillite de ce mouvement-là et de sa stratégie qui a amorcé un changement radical et a conduit aux récents affrontements. Un à un, les figures et élus du champ pro-démocratie ont été expulsés de toute institution, pourchassés et criminalisés. Des gens tout à fait inoffensifs tels que Benny Tai - un prof de droit, de ceux qui plaisent au Monde et aux festivals de journalisme - ont dû passer plusieurs fois par la case prison. D’autres éléments “modérés”, tels que les dirigeants de l’organisation étudiante Demosisto, ont dû quitter le pays. Même un vieux gauchiste comme Long Hair Leung-kwok hung a été expulsé du parlement local.

Ce n’est qu’en 2016 que les nativistes ont pu commencer à espérer une certaine position majoritaire, qui ne s’est affirmée en partie qu’avec la révolte de 2019. Dire que leurs positions sont problématiques relève de l'euphémisme. L'indigénisme hongkongais, dans ses formes organisées, est une forme politique identitaire centrée autour d’un prétendu essentialisme hongkongais. C’est à partir de cette construction réactionnaire que les nativistes tracent la ligne entre eux et la Chine “mainland”.  

Lors de cycles de protestations de 2016 (notamment les fishball riots du quartier populaire de Mong Kok), les nativistes ont été les premiers à comprendre l’évolution répressive de la police. Ils ont laissé tomber la tradition non-violente propre aux mouvements hongkongais de ces dernières années, et c’est à partir de là qu’ils ont commencé à jouir d’une certaine notoriété.

Plus la politique du PCC s’est faite autoritaire vis-à-vis de Hong Kong, plus la répression s’est faite brutale, plus leurs positions - et surtout leurs pratiques - se sont diffusées au sein de la jeunesse hongkongaise. Rien de subreptice là dedans : plutôt l’enchaînement logique d’une politique répressive qui crée, au fur et à mesure de son entêtement, son propre ennemi. 

Il faudrait pourtant se demander pourquoi ce changement s’est produit et surtout comprendre s’il s’agit d’un changement définitif ou bien d’un passage transitoire dans un cadre en constante mutation. Mais puisque tout cela “ne sent pas la plèbe”, Brossat ne s’embarrasse pas de ces questions.  

Brossat commet une autre opération malhonnête lorsqu’il cite le trumpisme, qu’il prétend propre à cette génération d’activistes. Pour le philosophe, ils “veulent que leur île soit une enclave du « monde libre » en version Trump”. Dans un but tactique, certains - selon ce que j’ai pu voir, on parle là d’une minorité - ont en effet reporté leurs espoirs sur Donald Trump et certains sénateurs républicains, qui ont su tirer profit de cette foi à des fins de propagande.  

Mais c’est une liaison fragile qui est déjà en train d’éclater. Le mouvement Black Lives Matter a ouvert un débat important au sein du mouvement hongkongais, en soulignant - à travers les violences policières - les points communs entre le trumpisme et l’autoritarisme chinois. L’affinité cultivée par certains nativistes vis-à-vis du trumpisme s’y est beaucoup affaiblie.

Sans vouloir ignorer leur présence, il est tout aussi malhonnête de faire des quelques chapeaux MAGA [“Make America Great Again”, le slogan fétiche de Trump, NDLR] les symboles d’un mouvement qui compte plusieurs millions de personnes. Dans un espèce d’anti-impérialisme caricatural digne du meilleur BHL, Brossat prend ces signes pour d’incontestables révélations, et montre ainsi que son analyse souffre d’avoir trop laissé allumées les chaînes d’info. 

Ce qui me paraît fallacieux, c’est de cacher sous le tapis une stratégie fondée sur la répression policière et politique (telle que celle menée par le PCC à Hong Kong depuis au moins 2014) au nom d’un millénarisme impérial dont on peine à voir les portées émancipatrices.  

Cette perspective occulte l’ampleur du mouvement, les grèves générales qui se sont déroulées pendant les soulèvements de 2019, tout comme le fait que l’ensemble des quartiers se sont mobilisés, y compris les plus populaires. 

Par ailleurs, les affrontements les plus durs ont eu lieu dans les quartiers les plus périphériques de la ville. C’est dans ces endroits que la police a tiré plusieurs fois à balles réelles, dans une démarche qui nous rapproche de notre actualité, - ce sont dans les quartiers éloignés (géographiquement et socialement) que les flics se sentent le plus en droit de tuer des gens. 

La réalité de cette répression, qu’elle s’exprime à coup de pistolets ou à coup de lois sécuritaires, est totalement évacuée par Brossat, tout comme ses conséquences, dont les plus spectaculaires sont l’instauration d’un climat de guerre civile et l’exacerbation des tensions. Peut-être est-ce dû au fait que le philosophe emploie beaucoup d’efforts pour réfuter tout parallèle entre l’autoritarisme trumpien et celui de Xi Jingping : toute “analogie ... entre le « Make America great again » de Trump et le « Make China great again » de Xi est non seulement ... superficielle mais carrément fallacieuse”, puisque “le projet de la direction chinoise” a pour but de “se voir reconnue ... comme une puissance de premier plan dans l’ordre international nouveau qui est en train d’émerger”. Un “projet” que Brossat justifie par le fait que la Chine n’est “pas seulement un État, un peuple ou une nation modernes mais aussi une civilisation millénaire et un empire”. 

Ce qui me paraît fallacieux, c’est de cacher sous le tapis une stratégie fondée sur la répression policière et politique (telle que celle menée par le PCC à Hong Kong depuis au moins 2014) au nom d’un millénarisme impérial dont on peine à voir les portées émancipatrices.  

Il me semble tout aussi difficile de soutenir que ce qui anime cette répression soit une “ambition de réparation”, comme le dit Brossat. À moins que l’on considère justifiés les arrestations ciblées, les détentions mystérieuses et les suicides suspects, les extraditions en cachette, les agressions sexuelles en prison, les attaques au couteau dans la nuit, les chutes accidentelles des toits des parkings, les ratonnades nocturnes, les rafles dans les transports, les coups de feu à bout portant contre des adolescents, les procès à huis clos pour des slogans, la persécution des activistes…  

Tout cela, Brossat fait mine de l’ignorer. Il tombe dans le procédé adopté par certains des médias qu’il décrie, mais de manière inversée : si ces médias nous renvoient une image trompeuse de ce mouvement social historique, lui nous renvoie son négatif, tout aussi trompeur. 

De ce cliché truqué, il évacue d’emblée l’aile gauche du mouvement, qui a une longue histoire et qui, plus lucide que Brossat, est depuis longtemps opposée à l’autoritarisme chinois comme à l’impérialisme occidental. Y sont aussi évacués les liens et les conflits entre syndicats, communautés immigrées, couches populaires, qui ont pourtant donné vie à une riche et complexe dialectique au sein du mouvement, à partir de la question des violences policières et de la décolonisation. 

Pour Brossat, tout cela n’est que du “déracinement concerté” (on dirait Zemmour ! ) par les Occidentaux, car il n’envisage pas un instant que les habitants de Hong Kong puissent avoir des idées autonomes et ressentir la domination chinoise comme le nouveau chapitre d’une histoire coloniale de laquelle ils souhaitent se libérer - avec toutes les ambiguïtés qui accompagnent ce type de scénario. 

Son raisonnement ne “décolonise” rien du tout, au contraire : il sert tout simplement la soupe à une politique répressive et nationaliste. Brossat contribue non seulement à la marginalisation de la gauche locale, privée de la solidarité internationale qui lui est pourtant essentielle, mais de plus, il réduit la complexité locale à des catégories préfabriquées, occidentalo-centriques, qui piétinent la pensée, les actes et les vies de celles et ceux qui mènent la danse, maintenant, dans la rue. 

Photo de Une : Hong Kong, le 1er juillet 2020. Crédits : Vanesse Chan.

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