Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuel·le·s, penseuses·eurs et actrices·eurs des luttes sociales dissident·e·s et/ou invisibilisé·e·s.
Réformes de la justice : un désastre démocratique | Benjamin Fiorini
La justice est au cœur des systèmes politiques. Au criminel, en France, elle était depuis la Révolution rendue « au nom du peuple français ». Elle est désormais rendue sans lui, du fait de la réforme Dupond-Moretti entrée en vigueur en 2023, laquelle remplace dans de nombreux cas les jurys d'assises par des cours criminelles départementales de magistrats professionnels. C'est ce que montre Benjamin Fiorini, l'invité de Julien Théry pour ce nouvel épisode d'On s'autorise à penser (OSAP), dans un livre intitulé Sauvons le jury populaire (éditions LGDJ).
Enseignant-chercheur à l’Université de Paris 8, président de l’Association Sauvons les Assises, Benjamin Fiorini est engagé, comme le dit le préfacier de son livre (Marc Hédrich, président de la cour d’assises de Martinique), dans une "croisade démocratique" contre ces accélérateurs d'inégalités que sont les réformes judiciaires récemment mises en oeuvre ou envisagées pour un proche avenir. Le jury populaire de cour d’assise est un « symbole éclatant de la démocratie participative », rappelle Benjamin Fiorini, car il implique les citoyens dans l’exercice de la justice pénale. Mais cet héritage de la Révolution de 1789 est « en voie d’extinction ». C’est l’une des nombreuses évolutions politiques désastreuses de ces dernières années. Depuis le 1er janvier 2023, la plupart des crimes ne sont plus jugés aux assises mais par des cours départementales de magistrats professionnels. Pourquoi une telle remise en cause ? Au nom d’une conception néolibérale de la justice, au nom de ce que l’on peut appeler la marchandisation de tous les aspects de la vie sociale, marchandisation généralisée qui impose à la justice une logique purement économique, avec le rendement et la gestion optimale des flux comme principal critère. Dans la même logique, le ministre Gérald Darmanin s'efforce actuellement, avec le soutien de l'une partie de la haute hiérarchie des magistrats, de promouvoir la procédure de "jugé coupable", inspirée du système de "plea bargaining" américain. Cette procédure substitue la négociation de la peine à la recherche de la vérité et de la justice. Outre qu'elle accentue radicalement les inégalités entre justiciables, elle est structurellement source d'erreurs judiciaires fréquentes.