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Assigné à résistance - Seul contre tous

Denis Robert

Par Denis Robert

Vous pouvez retrouver tous les contenus de Denis Robert en consultant sa page.

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La surveillance de masse, le Petit Chose, la morale d'un boucher et celle d'un président : le septième épisode du carnet de bord de Denis Robert, confiné près de Metz.

Je ne compte plus les jours. On ne doit pas être loin de quarante. De toutes les façons, on s’en fout. On sort du confinement le 11 mai. Soit dans deux semaines environ. Le Prési l’a dit. Et on obéit au Prési, sinon les policiers viennent nous taper.

En Espagne ou en Argentine, ils font de la musique ou aident les vieux à accrocher leurs masques dans les queues. En France, ils filent des PV ou nous envoient des drones. Parfois même des gnons.

Ou ils nous mettent en garde à vue quand une banderole déplaît aux emmarcheurs.

Mais bon, je ne vais pas revenir là-dessus. Je vais encore me prendre une armée de trolls sur le dos. Je sais, certains policiers sont gentils et détestent Castaner. Je sais, je caricature. Mais je fais ce que je veux. C’est mon espace. Je l’use et j’en abuse.

Avant le confinement, Youtube me censurait dès qu’une image de violence apparaissait. Là, c’est calme. Mais je m’attends toujours à un retour de bâton. En même temps, ils ont d’autres chats à fouetter.

J’ai compris la musique, mais j’écris toujours avec ce sentiment du sursis. Je pensais que la techno-surveillance et la censure ne m’arriveraient jamais dans ce pays. Aujourd’hui, je pense que le couperet peut tomber n’importe quand. Je pense de plus en plus que les tensions vont s’exacerber entre eux et nous. Si vous n’êtes pas convaincu, jetez un œil sur le doc passé cette semaine sur Arte…

Et refusez de vous soumettre à cette nouvelle application qu’ils veulent nous fourguer, sans passer par l’Assemblée, et qui sent le contrôle des populations. Et la restriction de nos libertés. Aucune confiance aux types derrière les écrans. Et en cette application qui ne sera jamais téléchargée par suffisamment de Français pour fonctionner.

Je ne suis pas énervé. C’est mardi, et ceux à qui ça déplaît peuvent aller voir ailleurs. Je ne les retiens pas. Il fait beau et j’écris le septième épisode de ma série. Je procède toujours de la même manière. Je relis les articles que j’ai mis de côté, je regarde les vidéos. Je fais des listes. Ça pourrait être simple, sortir sans effort, mais je mets de plus en plus de temps à gamberger. Et à trouver mon angle, ma petite musique.

Une lecture et un film ont cassé mon week-end et parasitent mes pensées. La lecture, c’est Le petit chose d’Alphonse Daudet.

Le film, c’est Seul contre tous, de Gaspar Noé. 

J’ai été marqué par ce film que j’ai vu seul, dans un cinéma de Metz, l’hiver 98. Je l’avais perdu de vue. C’est l’histoire d’un boucher amoureux de sa fille. On est dans sa tête pendant 90 minutes en voice over. On est un prolo. On va se suicider. Ou pas. On a le poids du monde sur nos épaules.

Trois types discutent dans un bar. De looks de pauvres types. Et il y en a un, le truand, qui dit : « La morale, c’est fait pour ceux qui la tiennent. Les riches. Et c’est eux qui ont toujours raison et c’est les pauvres qui trinquent », et le mot « Morale » s’inscrit en grand et en rouge sur l’écran.

Le truand poursuit. Il demande à son voisin s’il veut la voir, sa morale à lui. Le gars hésite. « Tu vas pas regretter après ? J'crois que tu vas avoir un peu peur », insiste le truand. Le gars, une tête d’instituteur divorcé qui s’encanaille au bistrot, demande à voir. À cet instant, le mot « Justice » s’affiche en grand sur l’écran.

Le truand sort un flingue et dit : « La voilà, ma morale. Celui qui vient avec la sienne de morale et avec son uniforme, il aura plus de chance à avoir la justice avec lui. Et moi, la voilà ma justice… ». Ce n’est pas politiquement correct, et le générique est lancé. 

On voit débarquer notre boucher joué par Philippe Nahon. Chaque fois que je le voyais dans un film, j’étais content. Nahon est un grand acteur. Il est mort la semaine dernière, d'une maladie aggravée par le Covid. Et la cinémathèque rediffuse en accès libre et limité, pour célébrer ce grand homme, « Seul contre tous ». Comme un cadeau que nous ne serons sans doute pas nombreux à apprécier, tant le film est apparemment sans morale, dur, sans issue, sauf les derniers mots : « Je t’aime, un point c’est tout ». Je spoile, mais on s’en fout.

C’est un film d’amour qui se cache et je ne remercierai jamais assez mon copain Gaspar de l’avoir écrit et réalisé. Tant il est radical et improbable : « Chacun sa vie, chacun sa morale. Et si je devais résumer ma vie. Elle est très simple, c’est celle d’un pauvre type. C’est une histoire banale qui commence en France en plein cœur du merdier, au pays des fromages et des collabos. Cet homme naît en 1939… ». Abandonné par sa mère à deux ans, violé par un curé à dix ans, père résistant communiste mort au camp, notre héros devient carnassier, s’achète une boucherie, bosse, se fait plaquer par sa femme, se retrouve seul avec sa fille dont il est amoureux… mais on s’en moque, au fond.

Sa fille et cet amour impossible sont le révélateur de la défaite du boucher, prolétaire trop sentimental qui incarne la mort de la classe ouvrière. Et l’arrivée de la catastrophe. On est sous Chirac, déjà rincé par les renoncements de la gauche sous Mitterrand. On sait qu’il ne s’en sortira pas. Le piège se referme sur lui. Et sur nous. 

J’arrête là. Vous allez croire que je fais dans la critique cinéma. Mais pas du tout. Je sais où je veux en venir. 

Je vais faire un édito confiné et « Seul contre tous ».

Je trouve, même si je suis entouré au Média par une rédaction et soutenu par des milliers de socios, que ces trois mots me décrivent. Qu’on écrive des livres sur des chambres de compensation ou des éditos, on est toujours seul contre tous. Sinon, ça n’en vaut pas la peine. 

Quel est l’utilité de bêler avec le troupeau ?

Cette semaine, sur les réseaux, j’ai revu « Les marionnettes », une des premières chansons de Christophe, remixée à la sauce En marche. C’est assez réussi…

J’ai lu dans le Canard Enchaîné une information qui confirmait en tout point celle de mon dernier édito. Sous le titre « Les vieux ont-ils été privés de réa ? », le Canard confirme que les agences régionales de santé ont demandé aux hôpitaux de « limiter fortement » l’admission en réanimation des « personnes les plus fragiles ».

Assigné à résistance - Seul contre tous

Cette semaine, la palme de la plus grosse connerie du Paf est décernée à … Christophe Barbier, qui a lâché que les grosses n’étaient pas corona-compatibles à la télévision…

L'oscar de plus magnifique triple salto de retournement de veste est accordé à l’inénarrable garçon boucher du PAF, j’ai nommé Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé…

J’ai relevé que le graphiste du JT de France 2 avait des problèmes de vue.

Et pendant ce temps, on a appris que la prime de 1000 euros qu’on avait promise aux petites mains de la grande distribution allait être sérieusement revue à la baisse…

Au même moment, Bruno Lemaire annonçait que les sociétés qui font des transactions avec les paradis fiscaux ne seraient pas aidées. On lève un œil, on se dit "tiens, un progrès"… Mais non, c’était une blague que les députés de la REM ont aussitôt rectifiée…

AXA : 3,6 milliards. BNP, 3,9. Total : 1,8. J’ai noté que pendant le confinement, les affaires continuaient et que les sociétés d’assurances, les banques et les groupes pétroliers distribuaient à leurs actionnaires des dividendes, comme si le Covid était un épiphénomène qui n’avait pas tué Christophe, ni Philippe Nahon, ni plus de 200 000 personnes dans le monde - chiffre forcément minoré, comme le rappelait le Financial Times en Angleterre ou Paris Match en France…

Ces boites-là, ces multinationales, leurs actionnaires, les fonds de pension, les banques d’affaires ne lâcheront jamais leur pactole. Forcément, on va les avoir contre nous.

Je dis eux. Je dis nous.

Une tribune proposée dans le JDD annonce la couleur : « Libérons la société pour sortir de la crise ». Elle est signée par une soixantaine d’universitaires, d’économistes, de lobbyistes et de seconds couteaux comme Hervé Novelli, Gérard Longuet, Dominique Reynié ou Virginie Calmels. Tous notent que l’État a failli dans la gestion de l’épidémie et réclament moins de taxes, moins de fiscalité, un retour de la croissance et de la liberté du marché « Il n’est pas de démocratie saine sans marché libre… », ânonnent-ils. Foutaises. Derrière les mots se cache une fracture. Cette soixantaine de pisse-copies jette une sonde et ouvre une brèche.

Ce sera eux, les globalisateurs, les partisans d’un libéralisme encore plus échevelé, les fabricants d’un monde d’après, qui sera pire que celui d’avant. Contre nous, qui voulons ralentir, repenser la croissance et le rapport de force politique. Ce que rappelle remarquablement le philosophe Bruno Latour sur le site AOC : « Malheureusement, cette pause soudaine dans le système de production globalisée, il n’y a pas que les écologistes pour y voir une occasion formidable d’avancer leur programme d’atterrissage. Les globalisateurs, ceux qui depuis le mitan du XXe siècle ont inventé l’idée de s’échapper des contraintes planétaires, eux aussi, y voient une chance formidable de rompre encore plus radicalement avec ce qui reste d’obstacles à leur fuite hors du monde. L’occasion est trop belle, pour eux, de se défaire du reste de l’État-providence, du filet de sécurité des plus pauvres, de ce qui demeure encore des réglementations contre la pollution, et, plus cyniquement, de se débarrasser de tous ces gens surnuméraires qui encombrent la planète » 

J’ai noté, sans étonnement aucun, que Bolsonaro s’enfonçait dans sa folie destructrice et meurtrière et que Donald Trump poussait le bouchon toujours plus loin vers le délire et la mort. Lui veut carrément faire boire de la Javel aux malades. Il a tenté d’expliquer ensuite que c’était une vanne. Personne n’y a cru. Et Joe Biden s’est fendu d’un tweet qui en dit long sur le niveau de la campagne aux USA. 

Trump a assimilé l’idée que la population allait sévèrement déguster avec lui, surtout chez les pauvres. Et il s’en contre-fiche. Lui et sa caste ont déjà réfléchi au jour d’après. Ils sont prêts pour une reprise économique et les protections qui vont avec. Quartiers surveillés avec milice. Îles privées. Restaurants, hôtels et casinos pour upper class. Le business passe avant tout et on vous emmerde. Tel est le message. À un moment, quand Bernie Sanders grimpait dans les sondages, on y a un peu cru. Mais le Covid et l’Amérique profonde auront eu raison du vieux militant. Biden devient l’option B. Mais Biden est de la caste des puissants. 

J’ai interviewé Frédérique Dumas, une ancienne députée de la République en Marche, une des premières à avoir quitté le navire. En expliquant, dès septembre 2018, que la Macronie, c’était le Titanic.

Une ex députée LREM révèle les dessous de la Macronie
Émission confinée ce soir, où Denis Robert interviewe à distance l’ex député des Hauts de Seine de LREM Frédérique Dumas,…

J’évoque cet entretien car elle a été proche de Macron et de Bayrou, a participé en première ligne à sa campagne. De lui, elle dit qu’elle y a cru car il brisait les codes. Mais, très vite, la critique devient acerbe et désespérée. Il n’écoute personne, dit-elle, fait semblant de prendre les avis, mais réfléchit selon un logiciel qui lui est propre et auquel personne – sauf peut-être Brigitte, son épouse - n’a accès. Cet algorithme, ajoute-t-elle, l’a éloigné des préoccupations du peuple.

Elle cite l’exemple du premier tour des élections municipales où, alertée par des proches, médecins inquiets de la pandémie alors quasi avérée (ce qui sera confirmé par Agnès Buzyn dans son entretien au Monde), elle lui a envoyé plusieurs messages le suppliant d’y renoncer. Elle raconte qu’elle était persuadée qu’il allait repousser ce premier tour en raison des risques mortels qu’il faisait prendre aux Français... Il a finalement renoncé, par calcul politique, parce qu’il craignait de ne pas être compris après le 49/3 et à cause des mauvais sondages.

Ce qui frappe dans cet échange, c’est le regard portée par cette femme bien intentionnée sur l’insensibilité pathologique d’Emmanuel Macron. « Il n’écoute que lui-même », conclue-t-elle.

Quand Mediapart l’avait interrogé sur ses motivations pendant la campagne des présidentielles, Emmanuel Macron avait répondu que s’il était motivé par la cupidité, il « n’aurait pas choisi de quitter la banque d’affaires » Ou alors, ajoutait-il, « je serais un être complexe, voire pervers ». On sentait, au moment de l’interview, à son regard et à ses gestes, qu’il se posait sincèrement la question. Nous aussi. Et nous nous la posons toujours.

Emmanuel Macron est-il capable de perversion pour arriver à son but ? 

Un copain qui l’a croisé dans sa période banquier d’affaires m’a écrit un long mail cette semaine : « Vous prenez Macron par le mauvais bout. Si vous voulez le rendre dingo, traitez le pour ce qu’il est : UN PETIT CHOSE [écrit en gros] ». Et mon copain d’argumenter : « Le gars devient number one a 40 ans. C'est l'âge d'homme. On a, normalement une vie une expérience, des aventures. Toi et moi on avait eu plusieurs vies à quarante ans. Et lui ? Rien… La seule chose notable qu'à droite on va qualifier de perversion est qu'il a épousé sa prof qui avait l'âge de sa mère, une femme mariée qui plus est. Tout cela s’est noué dans une ville bien provinciale et traditionnelle - Amiens. Macron, c’est un petit garçon jamais sorti du jardin de sa maman. A faire du théâtre, du piano et bien apprendre ses leçons. Parfois aller skier à Bagnères chez ses grands-parents »

Assigné à résistance - Seul contre tous

Ce message m’a trotté toute la semaine dans la tête. Au point de relire le livre d’Alphonse Daudet que je n’avais plus ouvert depuis le collège. C’est magnifique ce livre, pas une ride. Il commence ainsi : « Je suis né le 13 mai 1826, dans une ville du Languedoc où l’on trouve, comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussière, un couvent de Carmélites et deux ou trois monuments romains. Mon père, M.Eyssette, qui faisait à cette époque le commerce des foulards, avait, aux portes de la ville, une grande fabrique dans un pan de laquelle il s’était taillé une habitation commode, tout ombragée de platanes, et séparée des ateliers par un vaste jardin. C’est là que je suis venu au monde et que j’ai passé les premières, les seules bonnes années de ma vie. Aussi ma mémoire reconnaissante a-t-elle gardé du jardin, de la fabrique et des platanes un impérissable souvenir, et lorsque à la ruine de mes parents il m’a fallu me séparer de ces choses, je les ai positivement regrettées comme des êtres… ».

Comme Alphonse Daudet, Macron, avant de prendre l’Elysée, n’avait qu’une ambition : devenir écrivain. C’est d’ailleurs confirmé par son épouse Brigitte à longueur d’interviews. Il choisit la politique en surprenant son monde et sa famille. Comme poussé par les circonstances et des relations...

Comme Emmanuel Macron, Daniel Eyssette - le Petit Chose, double d’Alphonse Daudet - grandit dans la bourgeoisie de province. Son imaginaire s’y forge et il s’invente une vie riche en rebondissements. Jusqu’au jour où l’usine paternelle fait faillite… La dégringolade est rapide, les Eyssette doivent s’exiler à Lyon et leur situation précaire conduit vite à l’éclatement de la famille. Daniel découvre alors la vie et les inégalités sociales. Bien qu’adolescent puis jeune adulte, il se sent encore très enfant et a hérité du surnom de « Petit Chose » par ses professeurs qui ne se remémorent jamais son nom. À l’âge où Alphonse se prend des coups, Emmanuel, lui, se tape sa prof. Mais comme Alphonse, c’est un adolescent romantique. 

Là s’arrête la comparaison. 

Assigné à résistance - Seul contre tous

Le petit chose était humain, tendre, altruiste, incapable de calcul. Le petit chose ne se rêvait pas en Jupiter. Il ne cherchait pas la puissance. Le petit chose se serait fait écraser la main par Donald Trump et n’aurait pas répondu agressivement à Bolsonaro…

La question de grandir, d’être confronté au monde, à la rue, à la pauvreté, n’a jamais vraiment existé pour Emmanuel Macron. 

"À 20 ans, j'étais dans un contexte où j'ai vu un gars se faire écrabouiller entre deux chars pour une bêtise, un autre la poitrine imploser d'une balle de Famas. Cela faisait 8 ans que je voyais mon père mourir en se décomposant d'années en années pendant que ma mère devenait folle", poursuit mon copain. "Je ne dis pas que c'est l'idéal, loin de là, mais ce genre d'épreuves et d'autres m’ont bâti à la masse". Il énumère ses expériences professionnelles qui vont l’amener à monter son entreprise et … à voter Macron. 

Aujourd’hui, déçu, inquiet, dépité, il jette : « Macron c'est rien. C'est monsieur no trace. Son seul vrai fait d'arme avant l’Elysée, ce sont des deals comme Nestlé ». Quand il était banquier d’affaires chez Rothschild entre 2008 et 2012, Emmanuel Macron a aidé au rachat de la filiale « lait infantile » d’un groupe pharmaceutique et s’est pris une commission au passage. 

Il a également conseillé la société des rédacteurs du Monde quand le journal a été recapitalisé. 

On connaît la suite : après avoir séduit les vieux patrons de la banque d’affaires et du groupe Nestlé, il met dans sa manche Jacques Attali, puis François Hollande.

C’est léger comme CV, pour devenir président. Pourtant il y parvient, sans complot, grâce principalement à trois sponsors : Bernard Arnault, Xavier Niel et Patrick Drahi qui ont joué avec lui comme au poker. Fillon se fait piéger, Juppé hésite, Sarkozy ne comprend pas qu’il est cuit. Manuel Valls est détesté au PS et honni à gauche. François Hollande a peur de se prendre une raclée. Et Marine Le Pen joue à fond son rôle de repoussoir. Grâce à ses amis sponsors, Emmanuel multiplie les unes de magazines et les articles complaisants. Et le tour est joué.  

Tout est résumé par la soirée à la Rotonde, le territoire des gigolos et des nouveaux riches à Paris.

Emmanuel Macron est arrivé là où il est avec si peu d'appuis politiques, qu'à l'heure de faire un gouvernement, il n'avait personne ou presque. Et encore moins de remplaçants en cas de soucis. Sauf des bras cassés. On paie l’addition aujourd’hui.

On paie cher.

Et on n'a pas fini de payer.

Ce qui se prépare sur le déconfinement peut prendre les allures d’une tragédie. C'est très différent d'avoir quelques clusters - ces foyers d’infection - quelques jours avant confinement général au 15 mars, que d'avoir entre 6 et 10% d'une population touchée la veille d'un déconfinement même prétendument sélectif.

Tous les observateurs informés sentent que la situation peut déraper vite et fort. Même le conseil scientifique prend ses distances.

Après avoir lancé un confinement général et autoritaire (le cap d’un million d'amendes devrait être franchi début mai), Macron et son adjoint éjectable Edouard Philippe ont donc décidé de s’appuyer sur les maires et les conseils régionaux. 

Ils pourraient ainsi transférer leurs responsabilités et ne plus assumer seuls les conséquences des dérapages attendus. Ce que ne sont pas forcément prêts à encaisser ces milliers d’élus rudoyés par la Macronie. Tant la manœuvre est grossière.

Et nous, qu’allons-nous faire ? Les observer sans broncher nous fliquer, nous envoyer au front sans masques, finir de nous achever ?

Je ne crois pas.

Je crois que nous avons assez subi.

Leur morale n'est plus la nôtre.

La situation est aujourd’hui tendue et dangereuse. Le chiffre des morts grossit de jour en jour, mais derrière ces cadavres, alors que le système économique redémarre doucement, on voit bien l’idée des nantis et des politiques qui les servent. Et qui se servent toujours au passage. 

Aller encore plus loin dans la casse sociale.

"Il ne faut pas oublier que ce qui rend les globalisateurs tellement dangereux, c’est qu’ils savent forcément qu’ils ont perdu, que le déni de la mutation climatique ne peut pas durer indéfiniment, qu’il n’y a plus aucune chance de réconcilier leur « développement » avec les diverses enveloppes de la planète dans laquelle il faudra bien finir par insérer l’économie", prévient Bruno Latour. "C’est ce qui les rend prêts à tout tenter pour extraire une dernière fois les conditions qui vont leur permettre de durer un peu plus longtemps et de se mettre à l’abri eux et leurs enfants. « L’arrêt de monde », ce coup de frein, cette pause imprévue, leur donne une occasion de fuir plus vite et plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé. Les révolutionnaires, pour le moment, ce sont eux".

Emmanuel Macron n’a pas appelé son livre Révolution pour rien. Il est aujourd’hui leur chantre. Et leur dernière chance.

Il le sait. Ils le savent. Ils l’ont placé là pour servir. Nous sommes prévenus. Et nous devons agir et résister. Impossible de reprendre comme avant.

Les jours heureux, c’est pour nous. Et pas pour eux.

Allez, salut.


PS - Mon conseil confinement du jour : Faites des petits films avec vos enfants. 

Et si vous n’avez pas d’enfants, faites des films quand même…

Illustration de Une : Adrien Colrat - Le Média.

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