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#4 – Le tabou de la violence en politique

Ce vendredi 2 juin, nouvelle édition du Monde Libre : Le tabou de la violence en politique

Depuis quelques années, on annonce un retour de la violence politique. “Black blocks” en tête de cortège, employés poussés à bout arrachant leur chemise à des cadres, soi-disants sabotages comme dans l’affaire dite de Tarnac, les médias mainstream, main dans la main avec le pouvoir, s’en donnent à coeur joie pour offrir le spectacle d’une menace émeutière planant sur toute contestation sociale.
Les chiffres le prouvent pourtant, dans les sociétés d’Europe du Nord, jamais les actes de violence politique n’ont été si peu nombreux. Comment la violence politique est-elle devenue un tel tabou? L’interdit de la violence laisse-t-il une place à des luttes sociales efficaces? Cet interdit ne sert-il pas avant tout à occulter les autres violences, de celles que subissent les salariés au travail à celles que monopolise l’Etat?

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Les invités du Monde Libre
  • Stéphane Brizé, réalisateur de “En guerre”.
  • François Cusset, historien des idées, auteur du « Déchaînement du monde ».
  • Isabelle Sommier, professeur à Paris I- Panthéon Sorbonne, spécialiste de la violence et des mouvements sociaux.
  • Paul-François Paoli, essayiste et journaliste au Figaro.
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Remerciements spéciaux aux Pianos, bistrot et lieu culturel alternatif, qui a accueilli le tournage de cette émission.

11 comments on #4 – Le tabou de la violence en politique

  1. lessour dit :

    Emission passionnante… Pour moi, la plus intéressante de toute la série. Notamment sur la question « faut-il qu’il y ait langage pour qu’il y ait politique? »
    Merci à tous les intervenants et longue vie au Média!

    1. Emma.SH dit :

      je souscris mille fois à ton commentaire du premier mot au dernier.

    2. Dominique dit :

      Bonsoir,
      il faut qu’il y ait des mots pour qu’il y ait politique bien sûr. Ce que semble oublier Paul-François Paoli, lorsqu’il évoque leur absence, aussi bien lors des « émeutes » de 2005 que aujourd’hui dans les phénomènes aussi différents que nuit debout, la ZAD de Notre Dame des landes, ou encore les black Blocks, c’est que ce ne sont pas les mots qui manquent, mais l’espace dans lequel ces mots peuvent apparaître.
      Je ne vais pas tomber dans la critique facile des « médias » qui censurent, encore moins dans celle d’une école qui ne ferait plus son travail, mais le fait est que le discours est absolument absent de notre société. La logorrhée des réseaux sociaux, où l’on ne s’adresse qu’à ses semblables, ou bien on insulte ses dissemblables, c’est le contraire du discours.
      Où donc le discours peut-il exister ?
      Le remplacement de la politique par l’économie tue le discours, puisque la « gouvernance par les nombres » ne laisse place à aucun contre argumentaire.
      Nous devons (re)trouver la place du débat, du discours, parler parfois pour ne rien dire, réapprendre à écouter, à s’engueuler, à faire naître des perspectives…voilà qui suppose de quitter nos écrans, de reprendre goût aux réunions, aux débats.
      Le discours est charnel, sensuel, certainement pas digital.
      Rendez-vous quelque part.

    3. dimitriweyl dit :

      Très belle émission, effectivement l’une des plus réussies de la série, le petit nombre et la qualité des intervenants y sont pour beaucoup tout autant que la portée de la question posée.
      Merci !

  2. philippe.19 dit :

    Débat super intéressant, mais la caméra qui se ballade avec des flous sur un poteau, sur le derrière d’une tête, nous faisant perdre l’image de la personne qui parle, est très désagréable et finit par rendre le débat un peu pénible; pourquoi ne pas avoir des caméras fixes mixées avec des images différentes, cela perturberait moins le suivi du débat?

  3. th.roulet dit :

    J’ai beaucoup apprécié ce debat tres interessant. Par contre, comme le commentaire precedant, J’ai été derangé par le parti pris de la realisation . La camera qui se deplace est particuliere desageable pour suivre les propos des intervenants.
    Merci pour vos emissions

  4. Super intéressant 😀

    A la question « Des luttes ont-elles aboutit sans violence », j’aimerais donner mon avis : sans violence oui, sans conflit non.
    Pour parler de la question de la violence et de la non-violence comme formes de conflit, il est important à mon avis de définir le concept de la zone grise de la non-violence, comme posé dans le livre de Xavier Renou « Manuel de la désobéissance civile ». Qu’est-ce qui est violent, et de quel point de vue ? Les exemples extrêmes sont faciles à trancher : tuer quelqu’un c’est violent, signer une pétition c’est non-violent. Mais la définition de l’entre-deux est elle-même sujet de conflit. Un blocage physique et pacifique avec des arms-locks, est-ce violent ? Séquestrer un patron pour porter une revendication qui n’est pas entendue sinon en le privant effectivement de liberté mais en s’assurant qu’il est confortablement installé dans l’attente et en lui un offrant de l’eau pour qu’il soit en bonnes conditions, est-ce violent ? Saboter une machine qui allait détruire des arbres, est-ce violent ?
    A mon avis, une fois cette zone grise définie, qui permet d’assumer des actions qui seront considérées par les adversaires comme violentes mais qui peuvent être revendiquées comme pacifiques (et souvent illégales, c’est le principe de la désobéissance civile pacifique), dès que la stratégie de la non-violence est possible alors c’est la plus efficace (ce n’est pas une question de choix moral, comme l’indique Alinsky en développant l’exemple de Gandhi, mais une question de choix stratégique justifié a posteriori par une posture morale) : dès qu’il y a violence de l’action alors le discours dominant et cette entité que l’on appelle l’opinion font bloc, dès qu’il y a non-violence certes en question mais avec revendication de non-violence de l’action alors ce sont les personnes de l’action qui font bloc et les structures d’oppression qui se fissurent. Pour des exemples historiques et pratiques, il peut être intéressant d’avoir un débat avec des membres du collectif Les Désobéissants, ou des associations qui s’inspirent comme Earth Resistance. Pour ma part, j’ai choisi : dès que c’est possible, à mon avis la stratégie de la non-violence est la plus efficace : et, très important, pour autant je ne vais pas aller jeter mes forces dans une bataille de stratégie qui ne ferait que démobiliser tout de monde, car l’important c’est la lutte, donc toutes les stratégies ont leurs effets dont surtout participer à mobiliser, en d’autres mots vu que je suis d’accord avec la non-violence je mets mes efforts là-dessus mais vu que je ne suis pas d’accord avec la violence choisie stratégiquement alors je ne perds pas mes efforts à casser les autres qui du coup me casseront dans une guerre stérile de stratégie car ce qui compte c’est la lutte contre le capitalisme, le pouvoir oligarchique et leurs politiques aux conséquences meurtrières.

    Et une dernière réflexion, par rapport à la personne qui dit « l’humanisme fait abandonner le conflit par l’imposture du vivre-ensemble et tout le monde sont nos amis, ça va jusqu’à la cause animale » : à mon avis, c’est précisément l’inverse (plus qu’être à côté de la plaque, développer l’exact opposé…). L’idéologie entrepreunariale neutralise tout conflit en faisant comme si tout le monde était ami, dans le cas du spécisme ça se retrouve avec les groupes d’influence qui nous expliquent que « l’exploitation animale c’est une relation équilibrée et saine parce qu’on permet aux animaux d’avoir un lieu où vivre, et en échange on les consomme donc c’est une sorte de contrat que l’on a signé (en dehors du fait que j’espère que ces gens ne sont pas propriétaires, que l’on parle de vaches, poules ou autres, il s’agit tout de même de personnes placées dans des univers concentrationnaires et victimes d’un génocide permanent, donc ce n’est pas une relation d’amitié mais bien d’exploitation de ressources) ; à l’inverse, l’humanisme, et l’humanisme élargi à la nature avec notamment l’antispécisme e l’abolitionnisme, posent la conflictualité pour construire le vivre-ensemble. D’où dans mes exemples luttes autour de la cause animale : le monsieur était sans doute sous le coup du sophisme « les animalistes sont des bisounours gentils qui veulent être amis avec les animaux », alors que dans la réalité ce sont les spécistes les bisounours qui croient que l’on peut tuer les animaux dans une relation d’amitié et les animalistes qui portent le conflit, donc les débats et les luttes, donc l’avenir.

  5. Claudia1515 dit :

    Très bonne émission. Très bons échanges. Chacun argumente ses propos dans le respect de la parole entendue et écoutée.
    Aude Lancelin a su réunir une jolie table de personnalités de différents milieux. C’est vraiment la seule émission où un vrai débat est instauré. C’est vraiment agréable à entendre. Et comme à chaque fois j’apprends beaucoup ! Merci à elle et à toute l’équipe du Média
    La société dans laquelle nous vivons est très violente par bien des côtés. Commençons dès l’école avec la compétition. Puis au travail où la pression est omniprésente. La droite, extrême droite, la bourgeoisie, sans oublier les actionnaires manipulent les foules avec une grande violence. Pour éviter la confrontation verbale dans un débat, ils (les dominants) attaquent à coup de lois, de mots énoncés dans un discours ou à l’antenne d’une radio. Le matraquage à longueur de journée dans les médias dominants, sur les réseaux sociaux, de formules détournées de leur idée première, de leur valeur noie le citoyen. Ceci contribue à persuader la personne derrière son écran que les méchants se sont les travailleurs, les jeunes, etc.

  6. alain.surmely dit :

    Le film de Stéphane Brizé est puissant et vrai.C’est pour cette raison qu’il est beau…. comme l’Assommoir d’Emile Zola.Inutile de détourner le regard, de refuser de voir en face l’évidence : nous sommes plongés dans une dictature….en marche.C’est la dictature économique des actionnaires rois préférant plonger des territoires et des êtres humains dans la misère plutôt que de faire le choix intelligent du repreneur et du développement économique.Ce n’est même pas la loi du marché (fondée précisément sur la libre concurrence) !C’est la dictature de grands patrons autoritaires et souvent voyous,aidés,cajolés,encensés par l’Etat converti au néolibéralisme.Ce sont les « premiers de cordée » dit-on ici ou là.En fait ce sont des tyrans modernes dont la tyrannie est pourtant moins évoluée et plus violente que celle qui prévalait à l’âge de pierre.Les rendements,destinés à servir des actionnaires jamais rassasiés,doivent être de 7%,10%,15% !Cette tyrannie détruit des vies humaines,réduit des territoires au sous-développement,pousse les uns et les autres à s’abrutir dans le divertissement futile,l’alcool ou la bêtise.Cette tyrannie produit le malheur des hommes comme celui de Gervaise dans l’Assommoir.Bien sûr l’alternative existe et elle est montrée très clairement dans le film :le groupe industriel devait accepter de céder ses actifs (en les vendant)à un repreneur.A cette solution logique,rationnelle,conforme au bien commun le groupe industriel opposait son veto car il craignait….la concurrence !!L’actuelle situation de plus de 2000 salariés du groupe Carrefour,condamnés au licenciement,est assez semblable.Ce n’est pas la loi du marché.Ce n’est pas la loi de la concurrence.C’est la tyrannie de grands groupes dirigés par des gens très peu scrupuleux et uniquement soucieux de servir à leurs actionnaires le maximum de dividendes.Les êtres humains,les travailleurs sont broyés,ils sont traités comme de la m.Bien sûr qu’il y a DES alternatives !S’il n’y avait pas d’alternative il n’y aurait plus d’Histoire et l’avenir serait synonyme de néant.N’insultons pas l’avenir !Il y a déjà les SCOP.Mais de nouvelles lois et politiques conformes à l’intérêt général (#l’intérêt de quelques uns)sont nécessaires pour interdire des pratiques inhumaines et stupides que rien ne justifie.Quels responsables politiques en auront le courage ?

  7. Très très belle émission ! J’ai lu tous les commentaires et je partage largement ce qui est exprimé. Je relève un des tous premiers (commentaires) qui explique que les mots, le discours doit être audible. Pour être audible il faudrait le relayer et le problème en effet me parait être là, précisément, dans ce manque de relais des discours différents que ceux assénés par le pouvoir et les médias. Il n’y a pas, finalement je pense, absence de discours ou de projets, mais vraiment une invisibilisation de tout ce qui sort de la norme. On le voit à la manière dont sont travestis les propos tenus par JLM et la France Insoumise par exemple. Tout ce qui sort de la ligne politiquement correcte ne passe pas ou alors est totalement déformé. J’ai vu le film de Stéphane Brizé vendredi 22 juin et je viens de regarder en replay l’émission d’Aude. J’avais entendu sur France culture une critique dans l’ émission La Dispute d’Arnaud Laporte, du film En Guerre. Très mauvaise critique, où l’on se moquait carrément et de manière assez méprisante de la manière dont Stéphane Brizé avait mis en scène ce conflit, on le taxait d’un regard plutôt naïf, et il avait été dit que le personnage incarné par V. Lindon n’était absolument pas crédible. Où l’on voit précisément ce qui ressort du débat excellent animé par Aude, précisément cette décrédibilisation d’un autre regard, d’un autre discours, porté cette fois ci (France culture) par une soi disant élite culturelle et bien pensante. La culture officielle qu’elle soit publique ou privée conforte allègrement par ses indignations sélectives le système ultra libéral lequel, pour le moment, à la main et broie des vies entières comme le montre si bien le magnifique film de Stéphane Brizé.

  8. Malbrough dit :

    Très beau débat .
    Contrairement à ce qui est rabâché , Gandhi et sa « non violence » ont provoqué beaucoup de morts , via la répression .
    Apparemment il y a des malentendus au niveau de la définition du politique (pas de politique sans mots , sans partis ?)
    Les mots font partie du symbolique , encore faut il qu’ils émergent malgré la « sidération »et l’anomie initiale…
    Un enfant met du temps à se les approprier ….
    Le plus long c’est d’intégrer du sens .
    Mots et maux sont d’ailleurs liés .
    Sur quoi débouche la stratégie du choc ?

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