« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. La grande hache de l’histoire, c’est la puissance en apparence inexorable des événements, des conditions sociales et politiques. Et c’est aussi la force du passé dans le présent, sa puissance à déterminer le cours de nos vies. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître. Ce sera toujours aussi se tourner vers notre présent. Ce sera voir, à chaque fois, en quoi notre temps diffère des autres. Et saisir en quoi, souvent, il reste conditionné par l’histoire. Pour apprendre, peut-être, à mieux parer les coups de « la grande H. ». 

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1968, 1995, 2018 : QUAND LE PEUPLE SE SOULÈVE

Pour éclairer le mouvement des gilets jaunes à la lumière de l’histoire très récente des mobilisations populaires, « La grande H. » reçoit Ludivine Bantigny, historienne de Mai 68 et de la société française depuis les années 1980, spécialiste aussi de l’histoire contemporaine de la jeunesse et des femmes. Tout en soulignant les spécificité de chacun des contextes historiques, L. Bantigny met en lumière les nombreux liens et similitudes entre les événements de 1968 et ceux que nous vivons actuellement. Dans les deux cas, les mobilisations ont suscité une politisation (en apparence) soudaine de populations qui pouvaient sembler jusque là résignées ou passives. Des revendications matérielles précises, liées aux conditions de vie et aux conditions de travail, ont débouché sur une critique générale et radicale de la représentation politique et sur l’exigence de démocratie réelle. Le mouvement de 2018 tire peut-être des leçon de l’expérience de 1968 et d’autres moments de lutte depuis cette date en maintenant une profonde méfiance à l’égard des porte-paroles. Contrairement à celle de Mai 68, la mobilisation actuelle ne s’appuye pas, pour l’instant, sur la grève, et n’est pas clairement soutenue par les centrales syndicales, même si des sections locales ou sectorielles sont souvent engagées dans la lutte. Ludivine Bantigny revient aussi sur l’histoire des mouvements de protestations et leurs effets depuis 1968, en particulier sur les manifestations de 1986 contre la loi Devaquet et sur celles – accompagnées de grèves – de 1995 contre le « Plan Juppé ». Elle rappelle aussi que, comme dans le cas de Mai 68, le déclenchement du mouvement des gilets jaunes a été précédé de toute une série de mobilisations, des grandes manifestations contre la loi El Khomri en 2016 à une longue série de luttes localisées. La montée des violences policières est très nette depuis le quinquennat de François Hollande : si la mort de Malik Oussekine, tué par la police en 1986, et la protestation massive qui s’en est suivie ont ouvert une période de relative modération de la part des forces de l’ordre, la politique de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve a inauguré une stratégie de la brutalité dont la mort de Rémi Fraïsse a Sivens a été l’effet le plus marquant (sans grande réaction de la part de la classe politique), et dont les violences disproportionnées infligées aux gilets jaunes constituent clairement la continuation. L’entretien de Ludivine Bantigny avec Julien Théry est suivi par une longue discussion avec le public.

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« LE PEUPLE » EN POLITIQUE DEPUIS LA REVOLUTION – GÉRARD BRAS

« Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous ne sortirons que par la force des baïonnettes ». Avec cette phrase célèbre, le 23 juin 1789, le député Mirabeau rejeta l’ordre donné par le roi Louis XVI au Tiers-État de se dissoudre, alors que ce dernier, qui regroupait les représentants des habitants non-nobles du royaume, venait de se déclarer Assemblée Constituante. Était ainsi posé le cadre de la politique moderne, dont notre monde est l’héritier : le détenteur de la souveraineté n’est plus un monarque ni un quelconque individu ou groupe singulier, mais le peuple, comme communauté titulaire du droit à se gouverner elle-même. Comment, dès lors, la qualification de « populisme » peut-elle être aujourd’hui péjorative et servir à discréditer certaines formations politiques ou certaines revendications qui dénoncent l’écart entre les aspirations du peuple et l’action conduite par ses représentants ? En partant de ce paradoxe, cet épisode de « La grande H. », l’émission d’histoire du Média TV, donne la parole au philosophe et historien des idées Gérard Bras, auteur de plusieurs ouvrages sur la formation et l’évolution de l’idée de peuple en politique depuis le Siècle des Lumières. Le moment crucial, explique Gérard Bras, est bien la Révolution française : avec elle, le peuple n’est plus une masse informe et passive, qui doit être gouvernée par des autorités extérieures (le roi en particulier) au nom de Dieu ; il a désormais vocation à exercer la souveraineté, dont il est l’unique dépositaire, par le biais d’assemblées et de délégués – lesquels ne sont légitimes que dans la mesure où ils le représentent effectivement. Gérard Bras évoque les différences entre les notions de « peuple » et de « nation », ainsi que leurs rapports avec la notion d’État, à partir de la période révolutionnaire. Les pensées de Hegel et de Michelet correspondent à des développements importants de l’idée de peuple au XIXe siècle, dont on trouve ensuite la marque dans les conceptions qui président à l’action de Charles de Gaulle. Ce dernier envisage différemment le peuple selon qu’il s’agit de celui des Français, pendant la Seconde Guerre Mondiale, ou celui des Algériens pendant sa guerre d’indépendance. Aujourd’hui, face à la crise aigüe de la représentation politique dont le mouvement des gilets jaunes est l’expression la plus récente, plusieurs courants de pensée politique réactivent la notion de peuple. Gérard Bras évoque l’approche de Jacques Rancière, pour qui « un peuple » n’existe que dans les moments où une mobilisation lui donne forme. Il aborde aussi les positions d’Ernest Laclau et de Chantal Mouffe, qui défendent un « populisme de gauche » issu de la tradition d’Amérique du sud. Leurs idées influencent aussi bien Podemos, en Espagne, que le mouvement de La France Insoumise, passé à « l’ére du peuple » en 2016.

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L’HISTOIRE DES RÉVOLTES POPULAIRES – DES SANS-CULOTTES AUX GILETS JAUNES

Pour mieux comprendre le mouvement des gilets jaunes, Julien Théry a demandé à trois spécialistes de porter sur la mobilisation actuelle leurs regards d’historiens des soulèvements populaires et des révolutions. Il a donc reçu Alain Hugon, historien de l’Ancien Régime, Marc Belissa, historien de la Révolution française, et Michèle Riot-Sarcey, historienne du XIXe siècle. L’apparente spontanéité et le déclenchement sur des mots d’ordres anti-fiscaux, de même que le rejet des privilèges et de la domination de caste, forment des points communs avec les jacqueries et les autres soulèvements populaires qui ont scandé l’histoire de l’Occident, du Moyen ge au XVIIIe siècle. Mais le mouvement de novembre-décembre 2018 se situe dans un tradition de forte politisation populaire inaugurée par la Révolution française, en particulier par le mouvement des sans-culottes. Comme aux temps les plus anciens, « l’économie morale de la foule » déclenche et justifie la révolte lorsque des valeurs supérieures à celles de la légalité, centrées sur le droit à l’existence dans la dignité, sont transgressées. L’héritage révolutionnaire, cependant, s’exprime clairement avec l’exigence d’une représentation politique qui ne soit pas seulement légale, c’est-à-dire conforme aux procédures constitutionnelles, mais qui soit aussi légitime, c’est-à-dire effectivement représentative des représentés. Le désir de démocratie, au sens plein du terme, donne au mouvement des gilets jaunes une dimension de resurgissement de la puissance populaire qui a fait les Révolutions de 1830 et 1848, avant d’être à l’œuvre dans la Commune de Paris (1871). La place des femmes dans les mobilisations, aujourd’hui comme hier, est emblématique de l’aspiration à une émancipation universelle encore inachevée.

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LA GRANDE H : UNE HISTOIRE DES SEXUALITÉS – SYLVIE STEINBERG

Julien Théry reçoit Gérard Noiriel, pour la première édition de La Grande H

Gérard Noiriel est l’un des principaux historiens des milieux ouvriers et de l’immigration en France depuis de la fin du XIXe siècle. Ce chercheur de l’École des hautes études en sciences sociales est aussi l’un des fondateurs de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Il a notamment retrouvé dans les archives l’histoire oubliée du clown Chocolat, alias Rafael Padilla, cet esclave cubain qui dans les années 1880 devint le premier artiste noir en France. Roschdy Zem a tiré en 2016 du livre de Gérard Noiriel le film Chocolat, avec Omar Sy dans le rôle titre, qui a eu plus de 2 millions de spectateurs dans les salles.
L’historien Julien Théry, qui anime La grande H., la nouvelle émission d’histoire du Média, a choisi pour la première émission de donner la parole à Gérard Noiriel, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : Une histoire populaire de la France du XIVe siècle à nos jours, aux éditions Agone. Une « histoire populaire », explique Gérard Noiriel, ça n’est pas seulement une histoire qui adopte le point de vue de ceux d’en bas. C’est plus largement l’histoire générale des relations de domination entre, d’un côté, les différentes groupes qui représentent les élites, et de l’autre les classes « populaires ». À la lumière de son travail d’historien de la société française, Gérard Noiriel aborde notamment les difficultés récentes de la gauche. Il revient en particulier sur la façon dont une partie des élites politiques s’efforce, depuis la fin du XIXe siècle en réalité, de substituer les questions identitaires et « raciales » à la question sociale.

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