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AUX ORIGINES DU CAPITALISME PATRIARCAL – SYLVIA FEDERICI

Silvia Federici, historienne et philosophe féministe, s’est fait connaître en France avecle grand succès d’un livre traduit en 2014, Caliban et la sorcière.

Femmes, corps et accumulation primitive. L’ouvrage souligne le rôle central pour l’essor du capitalisme joué par deux formes de travail gratuit, massives et occultées : le travail des esclaves ou des
indigènes exploités aux colonies, celui des femmes dans les foyers des métropoles européennes.

Les chasses aux sorcières de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne peuvent être interprétées comme des moyens de neutraliser les modes d’organisation et de production communautaires qui reposaient sur l’action des femmes et n’étaient pas adaptés à l’exploitation capitaliste.

En ce sens, les bûchers européens étaient les pendants de
l’oppression coloniale (laquelle incluait aussi, d’ailleurs, des procès en sorcellerie).

Le nouveau livre de S. Federici, Le Capitalisme patriarcal (2019), poursuit l’histoire de la fonction de « reproduction » – reproduction de la vie au sens large, qui inclut la sexualité, l’éducation des enfants, les travaux domestiques, le soin des malades – pour la période des XIX e -XX e siècle. En insistant tout particulièrement sur un changement majeur engagé à partir des années 1870 environ : avec les lois sociales, les femmes et les enfants sont exclus des usines (où la première révolution industrielle les avait exploités avec une intensité maximale comme les hommes) et l’augmentation des salaires masculins complète un dispositif par
lequel les détenteurs du capital assurent une meilleure reproduction de la force de travail.

Ce nouveau compromis salarial place les femmes, chargées d’un travail de reproduction invisible mais crucial, dans la dépendance des maris salariés. Lesquels sont comme des relais de l’État capitaliste à l’intérieur de la sphère domestique.

La mise en évidence du travail de reproduction, créateur de valeur sociale (et non directement marchande), permet à S. Federici de penser le développement du capitalisme non comme une révolution progressiste, étape nécessaire vers la maîtrise de la nature par l’industrie (selon la vision de Marx) mais comme une contre-révolution opposée au développement du communalisme, c’est-à-dire d’organisation horizontales qui prenaient le
pas sur le féodalisme à la fin du Moyen Âge.

Cette nouvelle vision du passé va de pair avec
une stratégie pour le présent : face à la nouvelle accumulation primitive lancée par le néolibéralisme depuis la fin des années 70 (politiques d’ajustement structurel, extractivisme,
privatisation généralisée des ressources), la réponse réside dans la défense de relations et
de modes de productions communautaires, qui intègrent la fonction de reproduction et, avec elle, celle de défense de la nature.

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