« L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Pérec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance. La grande hache de l’histoire, c’est la puissance en apparence inexorable des événements, des conditions sociales et politiques. Et c’est aussi la force du passé dans le présent, sa puissance à déterminer le cours de nos vies. Avec cette émission, Le Média vous propose de nous tourner vers le passé, récent ou plus éloigné, en compagnie de celles et ceux qui l’explorent et qui le font connaître. Ce sera toujours aussi se tourner vers notre présent. Ce sera voir, à chaque fois, en quoi notre temps diffère des autres. Et saisir en quoi, souvent, il reste conditionné par l’histoire. Pour apprendre, peut-être, à mieux parer les coups de « la grande H. ». 

à la une

LE GRAND MÉCHANT ROBESPIERRE | MARC BELISSA, YANNICK BOSC

Avec les historiens Marc Belissa (Univ. de Paris Nanterre) et Yannick Bosc (Univ. de Rouen).
Avant même son arrestation et son exécution lors de Thermidor (juillet 1794), Maximilien Robespierre a été outrancièrement vilipendé et calomnié par les ennemis de la Révolution, en particulier par les presses royaliste et anglaise. Son élimination a été immédiatement justifiée par une diabolisation destinée à discréditer tout projet de démocratie réelle au profit d’un système représentatif reléguant le peuple à la passivité et laissant aux possédants le monopole d’un gouvernement « des compétences » mené en fonction de leurs intérêts.
En évoquant les différents regards successivement portés sur l’« Incorruptible » jusqu’à nos jours, M. Belissa et Y. Bosc montrent la permanence de l’enjeu politique essentiel qui s’est cristallisé autour de cette figure. Enjeu qui demeure on-ne-peut-plus actuel : la démocratie réelle, où l’action des représentants seraient strictement contrôlée par le peuple, est-elle possible ?
Une émission de Julien Théry.

AUX ORIGINES DU CAPITALISME PATRIARCAL – SYLVIA FEDERICI

Silvia Federici, historienne et philosophe féministe, s’est fait connaître en France avecle grand succès d’un livre traduit en 2014, Caliban et la sorcière.

Femmes, corps et accumulation primitive. L’ouvrage souligne le rôle central pour l’essor du capitalisme joué par deux formes de travail gratuit, massives et occultées : le travail des esclaves ou des
indigènes exploités aux colonies, celui des femmes dans les foyers des métropoles européennes.

Les chasses aux sorcières de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne peuvent être interprétées comme des moyens de neutraliser les modes d’organisation et de production communautaires qui reposaient sur l’action des femmes et n’étaient pas adaptés à l’exploitation capitaliste.

En ce sens, les bûchers européens étaient les pendants de
l’oppression coloniale (laquelle incluait aussi, d’ailleurs, des procès en sorcellerie).

Le nouveau livre de S. Federici, Le Capitalisme patriarcal (2019), poursuit l’histoire de la fonction de « reproduction » – reproduction de la vie au sens large, qui inclut la sexualité, l’éducation des enfants, les travaux domestiques, le soin des malades – pour la période des XIX e -XX e siècle. En insistant tout particulièrement sur un changement majeur engagé à partir des années 1870 environ : avec les lois sociales, les femmes et les enfants sont exclus des usines (où la première révolution industrielle les avait exploités avec une intensité maximale comme les hommes) et l’augmentation des salaires masculins complète un dispositif par
lequel les détenteurs du capital assurent une meilleure reproduction de la force de travail.

Ce nouveau compromis salarial place les femmes, chargées d’un travail de reproduction invisible mais crucial, dans la dépendance des maris salariés. Lesquels sont comme des relais de l’État capitaliste à l’intérieur de la sphère domestique.

La mise en évidence du travail de reproduction, créateur de valeur sociale (et non directement marchande), permet à S. Federici de penser le développement du capitalisme non comme une révolution progressiste, étape nécessaire vers la maîtrise de la nature par l’industrie (selon la vision de Marx) mais comme une contre-révolution opposée au développement du communalisme, c’est-à-dire d’organisation horizontales qui prenaient le
pas sur le féodalisme à la fin du Moyen Âge.

Cette nouvelle vision du passé va de pair avec
une stratégie pour le présent : face à la nouvelle accumulation primitive lancée par le néolibéralisme depuis la fin des années 70 (politiques d’ajustement structurel, extractivisme,
privatisation généralisée des ressources), la réponse réside dans la défense de relations et
de modes de productions communautaires, qui intègrent la fonction de reproduction et, avec elle, celle de défense de la nature.

L’HISTOIRE DES GAUCHES : PEUPLE, RÉPUBLIQUE ET LUTTE DES CLASSES DE LA RÉVOLUTION À NOS JOURS

Avec Jean-Numa Ducange, de l’Université de Rouen, « La grande H. » vous propose dans cet épisode d’explorer l’histoire longue des principaux éléments du paysage idéologique et institutionnel de la gauche d’aujourd’hui. On découvrira ou redécouvrira ainsi le sens originel du clivage entre droite et gauche, les principales étapes de formation des différentes sensibilités depuis la Révolution française (républicanisme, socialisme, marxisme, sociale-démocratie, radical-socialisme, internationalisme…), les processus d’émergence des différents partis politiques et la place des grandes figures (Blanqui, Jaurès, Clémenceau, Guesde, Blum, Thorez…) à partir du XIXe siècle. Comme l’a écrit Marx, « La tradition des générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants » : ce n’est qu’à la lumière de ces traditions anciennes que l’on comprend bien les enjeux actuels. Jean-Numa Ducange le démontre en éclairant ainsi les débats et les polémiques actuels au sein d’une gauche française en pleine recomposition, en particulier la question du « populisme de gauche » et la prise de distance récente, de la part de La France Insoumise, à l’égard du mot « gauche » et plus encore de l’identité « socialiste ». Une émission de l’historien Julien Théry.

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1968, 1995, 2018 : QUAND LE PEUPLE SE SOULÈVE

Pour éclairer le mouvement des gilets jaunes à la lumière de l’histoire très récente des mobilisations populaires, « La grande H. » reçoit Ludivine Bantigny, historienne de Mai 68 et de la société française depuis les années 1980, spécialiste aussi de l’histoire contemporaine de la jeunesse et des femmes. Tout en soulignant les spécificité de chacun des contextes historiques, L. Bantigny met en lumière les nombreux liens et similitudes entre les événements de 1968 et ceux que nous vivons actuellement. Dans les deux cas, les mobilisations ont suscité une politisation (en apparence) soudaine de populations qui pouvaient sembler jusque là résignées ou passives. Des revendications matérielles précises, liées aux conditions de vie et aux conditions de travail, ont débouché sur une critique générale et radicale de la représentation politique et sur l’exigence de démocratie réelle. Le mouvement de 2018 tire peut-être des leçon de l’expérience de 1968 et d’autres moments de lutte depuis cette date en maintenant une profonde méfiance à l’égard des porte-paroles. Contrairement à celle de Mai 68, la mobilisation actuelle ne s’appuye pas, pour l’instant, sur la grève, et n’est pas clairement soutenue par les centrales syndicales, même si des sections locales ou sectorielles sont souvent engagées dans la lutte. Ludivine Bantigny revient aussi sur l’histoire des mouvements de protestations et leurs effets depuis 1968, en particulier sur les manifestations de 1986 contre la loi Devaquet et sur celles – accompagnées de grèves – de 1995 contre le « Plan Juppé ». Elle rappelle aussi que, comme dans le cas de Mai 68, le déclenchement du mouvement des gilets jaunes a été précédé de toute une série de mobilisations, des grandes manifestations contre la loi El Khomri en 2016 à une longue série de luttes localisées. La montée des violences policières est très nette depuis le quinquennat de François Hollande : si la mort de Malik Oussekine, tué par la police en 1986, et la protestation massive qui s’en est suivie ont ouvert une période de relative modération de la part des forces de l’ordre, la politique de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve a inauguré une stratégie de la brutalité dont la mort de Rémi Fraïsse a Sivens a été l’effet le plus marquant (sans grande réaction de la part de la classe politique), et dont les violences disproportionnées infligées aux gilets jaunes constituent clairement la continuation. L’entretien de Ludivine Bantigny avec Julien Théry est suivi par une longue discussion avec le public.

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