Avec 374 voix, Gabriel Amard a décroché un siège au Sénat dans le Rhône, au-delà des espoirs de son camp. Travail de terrain, divisions à gauche et possibles votes tactiques socialistes : les ressorts d’une percée qui a déjoué les pronostics.
Dimanche 27 septembre, 3 817 grands électeurs du Rhône étaient appelés à élire les sept sénateurs du département. Avec les 374 voix recueillies par sa liste, le député insoumis Gabriel Amard a décroché son siège et contribué à la première entrée de LFI au Sénat. Comment les Insoumis ont-ils brisé leur plafond de verre ? C’est ce que nous avons cherché à comprendre.
Les sénatoriales sont l’une des élections les plus fermées de la Ve République. Ce scrutin indirect est réservé aux grands électeurs : députés, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux, conseillers de la Métropole de Lyon et délégués des conseils municipaux.
Ce mode de scrutin favorise les formations les mieux implantées localement, souvent les plus anciennes. Prenons Les Républicains. À l’Assemblée nationale, élue au suffrage universel direct, le groupe Droite républicaine n’est que le cinquième de l’hémicycle. Au Sénat, le rapport de force s’inverse : le groupe LR reste largement en tête et dispose, avec l’Union centriste, de la majorité absolue.
Pour un mouvement aussi jeune que La France insoumise, l’élection de deux candidats soutenus par le parti n’a donc rien d’anodin. En Haute-Garonne, Marc Péré a été élu sur une liste d’union avec Génération·s et Les Écologistes. Dans le Rhône, Gabriel Amard ne bénéficiait, lui, que du soutien de LFI et de Génération·s. Face à lui se présentaient une liste PS-PCF-Écologistes-Place publique et une liste écologiste dissidente.
Si les Insoumis y croyaient en début de campagne, leurs perspectives semblaient s’assombrir à l’approche du scrutin. Selon nos informations, leurs dernières estimations tablaient, au mieux, sur 242 voix. Gabriel Amard en a finalement obtenu 132 de plus, décrochant ainsi son siège. D’où viennent ces soutiens supplémentaires ?
La bataille des sans-étiquette sur fond de divisions à gauche
Élection indirecte ne veut pas dire absence de campagne de terrain. Ces dernières semaines, Gabriel Amard et ses équipes ont sillonné le département, notamment Villeurbanne, pour convaincre des élus au-delà de leur camp. Dans le Rhône, les délégués des conseils municipaux constituent l’essentiel du collège électoral. Parmi eux, selon nos calculs, 765 sont sans étiquette ou classés divers droite, divers gauche ou divers centre.
Ce travail a-t-il permis de combler l’écart ? Le contexte politique a peut-être aussi joué en faveur du candidat insoumis. Sur la liste d’union conduite par le sénateur écologiste sortant Thomas Dossus, la deuxième place revenait à Hélène Geoffroy. Un choix loin de faire l’unanimité, y compris chez les socialistes.
Avec 625 voix, soit 16,86 % des suffrages exprimés, cette liste n’a finalement décroché qu’un siège. Assez pour permettre à Thomas Dossus de retrouver le palais du Luxembourg, mais pas pour y faire entrer l’ancienne maire socialiste de Vaulx-en-Velin.
Voter pour Gabriel Amard afin d’écarter cette figure de l’aile droite du Parti Socialiste...
Dès la mi-août, trois mouvements de gauche (L’Après 69, Génération·s 69 et Debout ! 69) avaient contesté la place accordée à Hélène Geoffroy. Ils lui reprochaient son opposition aux dynamiques d’union de la gauche et pointaient notamment sa responsabilité dans la défaite aux élections métropolitaines de mars dernier : son refus de fusionner sa liste avec celle de LFI avait, selon eux, compromis un accord plus large.
C’est dans ce climat de tensions que Bruno Bernard, ancien président écologiste de la Métropole de Lyon, a présenté une liste dissidente. En se lançant contre la liste Dossus-Geoffroy, il tentait un double pari : se faire élire et priver l’ancienne maire de Vaulx-en-Velin d’un siège au Sénat. Cette troisième candidature a accentué la dispersion des voix à gauche. Et seul le second objectif a été atteint.
Des votes socialistes en faveur de Gabriel Amard ?
La candidature d’Hélène Geoffroy a donc cristallisé les divisions. Au point de pousser certains grands électeurs socialistes à voter pour Gabriel Amard afin d’écarter cette figure de l’aile droite du parti ? C’est l’hypothèse qui circule localement.
Un élément éclaire ces possibles calculs : la suppléante de Gabriel Amard à l’Assemblée nationale, Melouka Hadj-Mimoune, est socialiste, proche d'Olivier Faure. C’est elle qui doit lui succéder au Palais-Bourbon.
« Je ne pense pas qu’il y ait eu de consignes directes, mais c’est sûr que certains ont dû se poser la question : faire élire une députée socialiste, éloigner Gabriel Amard de Villeurbanne et affaiblir l’aile droite du parti… Peut-être que des élus socialistes ont voté en pensant à ça », confie un cadre socialiste au Média.
Au bout du compte, les Insoumis ont gagné un sénateur dans le Rhône, les Écologistes ont conservé le siège de Thomas Dossus et les socialistes s’apprêtent à accueillir une députée. Presque tout le monde s'en sort indemne. Hélène Geoffroy, elle, reste à la porte du Sénat.
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