3

LA GRANDE H : UNE HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE – GÉRARD NOIRIEL

Julien Théry reçoit Gérard Noiriel, pour la première édition de La Grande H

Gérard Noiriel est l’un des principaux historiens des milieux ouvriers et de l’immigration en France depuis de la fin du XIXe siècle. Ce chercheur de l’École des hautes études en sciences sociales est aussi l’un des fondateurs de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Il a notamment retrouvé dans les archives l’histoire oubliée du clown Chocolat, alias Rafael Padilla, cet esclave cubain qui dans les années 1880 devint le premier artiste noir en France. Roschdy Zem a tiré en 2016 du livre de Gérard Noiriel le film Chocolat, avec Omar Sy dans le rôle titre, qui a eu plus de 2 millions de spectateurs dans les salles.
L’historien Julien Théry, qui anime La grande H., la nouvelle émission d’histoire du Média, a choisi pour la première émission de donner la parole à Gérard Noiriel, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : Une histoire populaire de la France du XIVe siècle à nos jours, aux éditions Agone. Une « histoire populaire », explique Gérard Noiriel, ça n’est pas seulement une histoire qui adopte le point de vue de ceux d’en bas. C’est plus largement l’histoire générale des relations de domination entre, d’un côté, les différentes groupes qui représentent les élites, et de l’autre les classes « populaires ». À la lumière de son travail d’historien de la société française, Gérard Noiriel aborde notamment les difficultés récentes de la gauche. Il revient en particulier sur la façon dont une partie des élites politiques s’efforce, depuis la fin du XIXe siècle en réalité, de substituer les questions identitaires et « raciales » à la question sociale.

Faites un don pour financer cette émission https://www.lemediatv.fr/faire-un-don
Le Média est en accès libre grâce aux Socios, rejoignez-les ! https://www.lemediatv.fr/devenez-socio

3 comments on LA GRANDE H : UNE HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE – GÉRARD NOIRIEL

  1. Ainuage dit :

    Excellent interview. Ca fait plaisir. Le journaliste un peu crispé et formel au début a pris une forte consistance en avançant et entrant dans les questions avec son propre point de vue dans des dimensions polémiques, par exemple la question du concept de racisation qui a mis mal à l’aise Gérard Noiriel (qui avait des choses à dire – apparemment longues et complexes – à ce sujet).
    Mais quel plaisir d’entendre Gérard Noiriel, fils d’ouvrier « s’en étant sorti » (sans être un « parvenu »), pétri d’honnêteté intellectuelle. J’en profite pour constaté que, malheureusement, les pires soutiens de la classe dominante sont souvent recrutés parmi les fils d’ouvriers parvenus, qui ont oublié leurs origines modestes.
    – Sur le contenu de l’interview : beaucoup de temps passé au début sur la posture, la philosophie de l’historien; mais c’était intéressant. De façon cohérente on nous présente son parcours via ses jalons historiques de publication. Chaque auteur cité comme référence fait l’objet d’un visuel avec une photo et la première de couverture d’un de ses livres livre : très bon, avec un arrêt sur image on peut noter les références.
    – J’ai aimé l’analyse qui présente Macron comme un enfant de la classe moyenne, et qui voit le monde à travers sa vision de classe moyenne. Je rajoute que c’est un représentant de la classe moyenne qui a accédé à la classe supérieure des dominants (banquiers surtout, industriels aussi), et à ce titre, c’est un parvenu (cad un lèche cul donc de la classe à laquelle il accède par le bas) qui devance, anticipe toutes les attentes de ses maitres (tout comme le fils d’ouvrier parvenu lèche le cul de la classe moyenne). (ma parole, la hiérarchie sociale c’est aussi un chaînage de lèche-cul !)
    – J’ai aimé aussi sa posture, son tropisme ‘déclaré’ quant à son métier : privilégier l’élargissement conceptuel (sans confusion des genres) plutôt que le dépassement conceptuel (avec l’exemple de Bourdieu)
    – Le concept de « toutologue » introduit par le journaliste m’a bien plu et bien amusé. D’autant que ce sont les journalistes qui rêvent de rencontrer enfin le grand « toutologue » pour simplifier leur travail (à quoi rêvent les journalistes ?).
    – Eclairant – et confirmant aussi – les problématiques d’enfumage et de diversion (identitarisme, communautarisme, mais aussi migrantisme, et je rajoute « humanisme » en général pour inciter à se souvenir qu’à l’époque d’Althuser, déjà ou encore, la question de l’humanisme était regardée comme un piège dont il fallait se méfier). Le bon « enfumage/diversifiage » c’est celui qui met le paquet sur un problème réel, consistant, mais moins important que celui dont on veut se débarrasser (par exemple lutte des classes, tant il est vrai que l’approche par l’individu (humanisme, relations humaines) est moins dangereuse que l’approche par les classes sociales et les rapports sociaux, dont rapports de production).
    – la notion de naissance de l’Etat aux environs de la guerre de 100 ans avec, d’une part la consolidation des rapport féodaux au profit d’un noble majoritaire (le roi), mais aussi d’autre part (et ce n’était pas dit), le début de la montée en consistance du capitalisme à travers les métiers de production basés non plus sur le travail de la « terre », mais sur les outils préindustriels de transformation des produits de la terre (outils à main, machines).
    – et pour finir merci de l’info sur Richard Norty (qui semble être un livre que Gérard Noiriel a vraiment lu).

Laisser un commentaire

Faire défiler vers le haut